Senteurs d’Orient

Deux choses me transportent intensément dans la vie : le parfum envoûtant d’un mystérieux inconnu et la contemplation d’un ciel en feu.

Pour moi ces deux expériences sont assez proches sensoriellement, elles revêtent toutes deux cette qualité exceptionnelle, quasi-miraculeuse. Cet instant est si précieux, si fugace, notamment car le souvenir ne sait jamais parfaitement le raviver, et de fait il l’embellit comme pour revivre l’instant de grâce.

Les sens déglingués, les sens hypertrophiés : un accès direct à l’imaginaire

Mes sens sont comme hypertrophiés, je n’ai pas vraiment une vision, une ouïe ou un goût particulièrement affutés, j’ai plutôt tendance à laisser ce genre de choses évoluer naturellement sans trop essayer d’intervenir, mais plutôt d’observer les évolutions diverses et de créer à partir de ces « défauts ». A l’instar de Nan Goldin qui ne soignait pas ses yeux et ne photographie que des paysages aux couleurs ultra saturées, je suis fascinée par tout ce qui a une empreinte forte sur les sens. Une senteur florale ou citronnée légère ne me séduit pas, un bon plat, une viande tendre… je ne sais pas, je n’arrive pas à m’emporter pour ce genre de choses ! Par contre, des épices très fortes, un mélange de fragrances et de saveurs qui agitent les sens jusqu’à sentir son corps tressaillir, c’est exactement le feeling que je recherche au quotidien ! Mes yeux s’étonnent de ne reconnaître personne au loin, de ne pas pouvoir déchiffrer les hiéroglyphes qui se forment au tableau depuis le fond de la classe, et s’enthousiasment à l’idée de combler les lacunes du réel par un imaginaire débordant : une belle rose épanouie au beau milieu de l’asphalte n’est autre qu’un bout de pq roulé en boule, un abat-jour contemporain chez le voisin se transforme en escargot géant collé au plafond… Au delà des compensations de l’imagination, les couleurs restent effectivement ancrées, et j’ai une sincère passion pour les nuances de couleurs, leur noms (cuisse de nymphe ! <3), leurs histoires.

de2954425f9fbfe4b563400a8eaf550b« Il ouvrait les narines pour mieux humer le parfum s’exhalant de sa personne. C’était une émanation indéfinissable, fraîche, et cependant qui étourdissait comme la fumée d’une cassolette. Elle sentait le miel, le poivre, l’encens, les roses, et une autre odeur encore. »
Flaubert, Salammbô

Une invitation au voyage

J’en arrive au sens le plus intéressant selon moi : l’odorat. L’odorat a ce pouvoir Proustien de nous transporter vers un autre espace-temps, de créer ce vortex temporel qui nous surprend par sa vivacité, par la qualité sentimentale du souvenir sensoriel alors ressuscité. Et pour moi, il y a quelques fragrances inégalables :

– le parfum boisé d’une forêt empreinte de rosée crépusculaire
– l’encens d’église mystérieux et pénétrant
– l’ambre opulente et envoûtante
– le poivre venant apporter cette subtile touche masculine
– le patchouli, l’immortelle et la rose noire mêlant parfaitement senteurs masculines et féminines

Ces effluves m’évoquent immédiatement l’orient, un regard échangé, un port auréolé d’un halo doré, et parfois même la texture d’une peau, la soie du toucher, la douce vigueur d’un geste…

Si je me parfume, c’est pour voyager et faire voyager. Je cultive plusieurs fascinations dont une, prégnante, pour la vieille Constantinople. Lorsque je dépose une brume sur mon cou, c’est aussi afin de (m’)offrir un ticket express pour ces destinations oubliées.

Un parfum, une identité

De même, je veux porter un parfum qui, à défaut de me « représenter », pourrait projeter l’image idéale de la personne que j’aimerais être, c’est-à-dire un patchwork de références et d’archétypes. Tout d’abord, c’est le parfum qui, avant le concept, avant l’idée, stimule mon cerveau reptilien. Le parfum parle au cœur, parle à l’enfant, parle au désir. Certaines effluves peuvent déclencher des réactions physiques immédiates et intenses. J’ai beaucoup de mal à regarder dans les yeux un homme qui porterait un parfum un peu trop envoûtant à mon goût… Peut-être par désir de vivre les choses deux fois ? Par l’odorat et le pont tissé jusqu’au fantasme, puis par la vision et le rattachement au réel.

Une fois le parfum adopté, je le maquille d’histoires, de littérature, de couleurs et de formes. Parallèlement se créent des « archétypes » dans mon esprit. J’associe automatiquement les fragrances orientales à l’image d’une femme forte, presque virile, déterminée, qui se connaît à la perfection et sait ce qu’elle désire. Une femme à l’image de l’impératrice Théodora…

Pour moi elle conjugue les qualités de la femme séductrice, qui joue de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut et atteindre les sommets, obtenir la reconnaissance qu’elle n’aurait jamais eue autrement. Comme je n’ai pas encore trouvé un parfum qui traduise bien ces intentions là, et cet entremêlement de qualités masculines et féminines, j’aime porter à la fois un parfum pour homme et pour femme. Il y a ces deux petits parfums que j’affectionne particulièrement car ils se complètent et s’harmonisent merveilleusement bien :

Roi d’Orient et Eau d’Orient de Rituals.

Racés, opulents, crépusculaires, ils m’envoûtent littéralement, et la magie opère superbement lorsqu’ils sont conjugués.

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La fugacité du désir

“La femme est une fleur qui ne donne son parfum qu’à l’ombre.” Félicité de Lamennais

Mais avant toute chose le parfum doit titiller l’imaginaire de l’autre, il invite au voyage, mais surtout aux voyages des sens et de l’esprit, vers un territoire où tout est absolument possible. Le parfum éveille le désir, car il n’est pas palpable, il suscite une envie. Le désir est d’autant plus fort que le sillage persiste légèrement, comme une promesse envolée, une attirance qui s’évanouit.
Et dans ce mélange des sens et des identités odorifères marquées, on soulève une réelle interrogation. J’aime semer le doute, marquer les esprits, mais ne laisser qu’une trace furtive de mon passage, une sensation qui s’impose en second plan, et qui finit par se dissoudre dans un imaginaire alors réveillé. Et pour ce faire, cette fragrance doit être forte, boisée, poivrée, épicée mais aussi riche, opulente, chyprée, musquée et florale nocturnale. Elle doit évoquer une présence marquante, déterminée, mais aussi lascive, luxuriante, surréelle. Une hypnotique odalisque. Une fleur qui ne s’ouvrirait qu’à minuit…

Pour se faire à l’idée, la richesse mystico-érotique des paroles et des notes de Susheela Raman :

Love Trap de Susheela Raman

Tantalize me and tease me with your tender kiss
Your honey lips are impossible to resist
Enraptured and lost in your labyrinth
I can’t say where I end and where you begin

[…]
Lost inside, deep within
The pleasure palace of your warm skin
The nectar of your lips
The motion of your hips
I dream of you, night and day

Parfums :

Roi d’Orient et Elixir d’Orient de Rituals

Inspirations :

Le palais des Larmes, Michel de Grèce (Théodora)
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Tableaux orientalistes :

The Empress Theodora, B Constant
A Priestess, JW Godward
An Odalisque, C Landelle
Odalisque Allongée, B Constant
Orientalist Beauty, W Beaskpeare
Beauté orientale, G Bussière

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