Rêverie Solitaire

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« Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité »
Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse

J’ai toujours rêvé avec intensité et pendant de nombreuses années, je ne vivais pas, je rêvais.

Comment passer du statut de l’introvertie qui rêve en secret à la naïade qui se prélasse près de l’ondée, attire les satyres par son chant esseulé et fait de sa nature une force?

Pour cette photo près d’un petit étang où Jim me transforme en naïade ou encore en lymnade (nymphe des lacs), plusieurs idées me sont venues en tête. Tout d’abord, il s’agissait de représenter très naturellement les rêveries de la promeneuse solitaire, celle qui se recueille près d’un petit lac d’hiver pour s’abîmer dans ses pensées, fuir l’urbanisme, la modernité, et les rapports sociaux. Le paysage reflète ses pensées, et dans la nature elle trouve le chemin vers son propre plaisir.

“The voice of the sea is seductive; never ceasing, whispering, clamoring, murmuring, inviting the soul to wander for a spell in abysses of solitude; to lose itself in mazes of inward contemplation. The voice of the sea speaks to the soul. The touch of the sea is sensuous, enfolding the body in its soft, close embrace.”
Kate Chopin, The Awakening

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Je me devais de citer Kate Chopin et son magnifique The Awakening, où la protagoniste s’éveille subtilement à la sensualité. On pourrait de même citer Tess d’Ubervilles ou encore L’Amant de Lady Chatterley, qui expriment cette sensualité de la nature, comme un miroir face aux sensations naissantes des personnages. La nature devient alors animée, humanisée, débordante de sensualité. Ce concept typiquement anglais de la « pathetic fallacy » est très présent ici, les premiers branchages évoquent une certaine pudeur, puis le lac brillant face auquel la lymnade « s’éveille », le timide soleil qui apparaît derrière les arbres dénudés, laissent présager un printemps efflorescent de sensations…

La nature comme miroir des sensations naissantes

“The wood was silent, still and secret in the evening drizzle of rain, full of the mystery of eggs and half-open buds, half unsheathed flowers. In the dimness of it all trees glistened naked and dark as if they had unclothed themselves, and the green things on earth seemed to hum with greenness.”
D.H. Lawrence, Lady Chatterley’s Lover

J’aime tellement Lawrence, et ce passage m’émeut d’autant plus qu’il évoque réellement ce qu’il se passe sur cette photo. Timidement, au cœur de l’hiver, la nature renaît, laissant bourgeonner ça et là quelques traces du printemps qui se hâte. Les branches sont dépouillées, in naturalibus, et elles invitent la sereine nymphe à faire de même, à se dépouiller du tissu bleu dragée qui la recouvre et à ne faire plus qu’un avec la nature.

“There were days when she was very happy without knowing why. She was happy to be alive and breathing, when her whole being seemed to be one with the sunlight, the color, the odors, the luxuriant warmth of some perfect Southern day. She liked then to wander alone into strange and unfamiliar places. She discovered many a sunny, sleepy corner, fashioned to dream in. And she found it good to dream and to be alone and unmolested. »
Kate Chopin, The Awakening

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Ici la solitude et la rêverie sont idéalement liées, donnant naissance à la jouissance des sens, la jouissance de l’absence de trouble, et tout simplement à cette impression de goûter la vie, de mordre dans la pomme juteuse de la vie.

“Meanwhile, the trees were just as green as before; the birds sang and the sun shone as clearly now as ever. The familiar surroundings had not darkened because of her grief, nor sickened because of her pain. She might have seen that what had bowed her head so profoundly -the thought of the world’s concern at her situation- was found on an illusion. She was not an existence, an experience, a passion, a structure of sensations, to anybody but herself.”
Thomas Hardy, Tess of the D’Urbervilles

S’ouvrir à la luxuriance de ces nouvelles sensations permet d’embrasser pleinement la solitude choisie, et de construire pas à pas son individualité. Je pense que c’est ce que Thomas Hardy communique dans ce passage de Tess : naître à soi-même.

Contexte
Photo prise par la belle lumière d’hiver à la rivière de mon village natal par Jim Lefeuvre

Vêtements
Robe ancienne des Filles à la Vanille (Montpellier, 2006) Mousseline, Satin et Dentelle bleu dragée et dorée.

Inspirations
Les Rêveries du Promeneur Solitaire, JJ Rousseau
Tess D’Ubervilles, Thomas Hardy
The Awakening, Kate Chopin
Lady Chatterley’s Lover, DH Lawrence
Charles Amable-Lenoir
Sirene, G Hoffmann
Rêve ou la nymphe endormie, JJ Henner
Waternymph, John Collier
Ulysses and the sirens, E Tito
The Three Graces, Edouard Bisson

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