Le Château d’Oiron

S’il y a un endroit, et un seul endroit que je recommande en Deux-Sèvres c’est cet incroyable et insolite château. Situé à Oiron, village proche de Thouars, ce château du XVIè siècle abrite d’incroyables installations d’art contemporain jouxtant des trésors de faste.

C’est un cabinet de curiosités à lui seul, proposant des œuvres hybrides, étranges, des animaux imaginaires, si réalistes qu’en les voyant on recrée leur histoire comme s’ils avaient toujours été parmi nous ! (Les Misfits de Thomas Grünfeld)

Mais c’est aussi un magnifique écrin où l’art contemporain est roi ! Les noms des salles laissent rêveur : La Salle des Cartes et de la Cosmologie, la Chambre de l’Espace-Temps, les Chambres de la Lune et du Cours des choses, le Couloir des Illusions…

Les Corps en Morceaux, Daniel Spoerri

On y trouve des films expérimentaux (Der Lauf der Dinge de Fischli et Weiss par exemple, consacré au mouvement et à l’enchaînement qu’il suscite, faisant naître curiosité et frustration chez le spectateur), des illusions qui divertissent et perturbent à souhait, et des créatures sortant tout droit d’imaginaires richement tordus.

Ce que j’adore à Oiron, c’est l’audace et la prise de risque !

L’exposition temporaire « Next time you see me it won’t be me » de l’artiste néerlandais Stan Wannet en est l’exemple même. Une silhouette humanoïde dressée sur le bout de ses pieds lutte contre le temps et la décomposition. Les insectes le dévorent, mais il ne renonce pas et se débat. Un spectacle aussi bien pathétique que terrifiant, laissant son spectateur en proie à une profonde perplexité et déroute. Des chiens à mi-chemin entre la taxidermie et le robot jouent à un effroyable jeu de cartes, où les éléments « pay », « cash », « sell », ou encore « love » s’entremêlent. Les bruits de mécanisme glacent les sangs, et les figures canines nous font osciller entre fascination et effroi.

Non seulement ce musée est un magnifique cours d’architecture sur la période fastueuse du XVIIè siècle en offrant des boiseries splendides aux pigments et aux dorures enivrantes, mais en plus, il utilise cet espace pour y exposer de manière magistrale, dans des mises en scène drôlatiques ou carrément épiques des œuvres expérimentales, censées bousculer le petit bourgeois, éveiller les esprits et faire rire avec une sacrée touche de macabre en prime. Et ça, j’adore.

Les thématiques qui reviennent assez souvent sur l’ensemble des expositions sont celles de l’hybridation, de l’étrange, de la mort (vue avec distanciation et ironie), de l’illusion, de l’héritage culturel, de l’imaginaire. Le corps y est violenté, décomposé, torturé, picoré, et d’une certaine façon magnifié dans l’horreur. Le sens du carnavalesque à la Bakhtine règne décidément sur ce lieu atypique. L’existence humaine semble si grotesque, si insignifiante, célébrée dans sa petitesse, et royalement moquée. On entre dans le Cabinet des Muses et on assiste à une danse de salon de deux chiens mi-empaillés mi-robotisés (par Stan Wannet). La mécanique se mêle à la corporalité au milieu de la pièce la plus somptueusement décorée du château. Un chien dj mixe une chanson kitch chinoise et les deux amoureux valsent au rythme de la mélodie pop. Les réactions sont immédiates : étonnement, révulsion et rires incontrôlables. L’embarras peut être présent : on imagine bien les propriétaires de ces bons toutous s’inscrire en faux, s’insurger face à tant d’irrespect, de folie. On imagine les enfants cauchemarder la nuit. On imagine toutes les couches de la population choquées, traumatisées, et enfin, secrètement amusées ! Et ce doux décalage, cette puissance d’ironiser sur tout, et en particulier la mort, me touche particulièrement à Oiron. Il y a quelque chose de très George Bataille là bas : le rire comme un substitut de l’angoisse, dont on souhaiterait paradoxalement se débarrasser. Le rire comme moment qui introduit une violence, ainsi interrompant le cours régulier des choses.

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Le site du Château : http://www.oiron.fr/
Le téléphone : 05 49 96 51 25
A seulement 300 kms de Paris et de Bordeaux

Pour finir, le polaroid noir et jaune pris depuis la salle d’armes :

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3 commentaires sur « Le Château d’Oiron »

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