Visions of Fashion, Karl Lagerfeld

Cet été, je fus littéralement charmée par mon voyage en Italie. Et pour moi la surprise et le clou du séjour fut la visite du Palazzo Pitti et de l’exposition « Visions of Fashion » de Karl Lagerfeld. Cette expo fut un réel enchantement.

Tout d’abord, il y a cette grande salle blanche de style Renaissance, où flottent d’immenses photos de mannequins éclairées par un sublime lustre. Face à ces silhouettes longilignes qui se balancent au gré de la brise induite par les ventilateurs, j’ai comme l’impression de me trouver au premier rang d’un superbe défilé. Les photos en noir et blanc reprennent des thématiques chères à Lagerfeld : le genre, le dandysme, une élégance empruntant à des codes masculins (des femmes en smoking prenant des poses viriles et sûres d’elles) et ces clins d’oeil superbes à Helmut Newton (voir la photo de la femme nue enlaçant celle en costume, subtil et délicieux renversement de la photo originale).

Dans les autres salles richement décorées, on peut admirer de superbes revisitations des grands thèmes mythologiques tels que le voyage d’Ulysse ou les personnages de Daphnis et Chloé. Exil physique, onirique, poétique, exploration en terres de Lesbos, demi-dieux et demi-déesses peuplent les clichés et déclenchent automatiquement le rêve en puisant ses racines dans le registre pastoral, idyllique, bucolique.

Les autres salles sont consacrées à la peinture et à la sculpture italienne et le parallèle dynamique entre les photos de Lagerfeld et les oeuvres trônant dans les salles entrent dans un dialogue nouveau et fascinant. Les mannequins semblent réinterpréter les oeuvres plus classiques, l’avatar de l’artiste et de la muse en plein processus créatif ponctuent la visite et nous offrent donc une nouvelle vision.

Récemment, j’ai décidé de me réabonner à Vogue France car j’ai toujours trouvé que les articles de fond étaient d’une grande qualité, que les références à la haute-couture et au luxe m’inspiraient et me permettaient de découvrir au même titre que Pinterest ou Instagram, de nouveaux artistes et designers. Quelle ne fût pas ma surprise de voir que le premier numéro était consacré à Lagerfeld himself! Je suis comblée. Cet homme me fascine. Ce n’est pas « qu’un » styliste de talent, c’est pour moi la figure de l’artiste même : il excelle en dessin, en photo, parle couramment de nombreuses langues et est un véritable puits de science en plus d’être pourvu d’un humour décapant et d’une vraie pensée révolutionnaire en terme de genres et d’image. Si vous avez l’occasion, achetez ce numéro de Janvier, il vaut vraiment le détour!

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Cette expo a vraiment confirmé mes désirs de m’intéresser bien plus à la scénographie des lieux, et évidemment à développer beaucoup plus la narrativité des clichés que nous prenons mes camarades photographes et moi. J’ai trop longtemps vécu dans l’admiration béate de belles images, de belles couleurs, mais je savais en moi que cela ne suffisait pas. La littérature venait combler ce manque de narrativité et de profondeur. Mais en grandissant et en découvrant des photographes comme Diane Arbus, Helmut Newton, Nan Goldin et en forgeant mon esprit d’analyse (j’ai eu droit à quelques cours fascinants de sémiotique à la fac et j’ai adoré!), j’ai vraiment appris à incorporer une trame narrative, à faire parler les objets, les angles de vue et leurs symboliques. La sémiotique alliée à la psychanalyse et à la littérature donnent des résultats fascinants : j’aime faire des clins d’oeil aux auteurs qui m’ont influencée, aux notions qui me tiraillent. Sur ce blog, on parlera souvent de construction de soi à travers le miroir, le regard de l’autre, de réalité, de fiction, de rêve, d’inconscient et de révélations. Je crois que tout ce qui me fascine là-dedans devient enfin un outil pour apprendre à mieux me connaître et à trouver ma place dans le monde : c’est en s’appropriant ces outils, en les faisant sien qu’on expérimente sa propre relation à ces questions là, où l’on se situe, comment on se positionne. Je crois en ce sens que la découverte de la filmographie de Lynch m’aura marquée à tout jamais, et créée une révolution dans ma tête : enfin, quelqu’un s’était octroyé la permission de composer ses films comme des rêves. Au premier regard, ils semblent chaotiques et décousus, au fur et à mesure, une partie de l’intrigue se dévoile, démystifiée par notre besoin de créer du sens ; un fil rouge se fait peu à peu visible et nous éclaire aussi sur notre procédé maïeutique intime. Je n’avais jamais vu d’oeuvres embrasser de manière aussi concentrée et pertinente la complexité de nos rêves et de nos fantasmes, et leur ancrage pénible et problématique dans le réel.

Alors c’est en assistant à toutes ces expos et en me laissant porter puis en analysant ces oeuvres qu’une envie ferme et nette s’inscrit en moi et me porte à poursuivre mes désirs plus loin encore : raconter des histoires et retranscrire du mieux possible la complexité fantasmatique qui les entoure.

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