Du désir de surface. Ma boite de pétri créative.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour!

Arthur Rimbaud, « Le Bateau Ivre »

Aujourd’hui c’est une mini anthologie de poèmes et d’extraits d’oeuvres diverses que je vous propose ainsi que mes réfléxions personnelles sur la stimulation de la créativité. Entremêlées à mes photos, vous y trouverez le berceau de mes influences littéraires issues de la littérature française, de la psychanalyse et de la littérature anglophone. Il y a tant que j’aimerais partager ici! J’essaie le plus souvent de le faire de manière ordonnée, raisonnée et rationnelle, orchestrée en paragraphes, découlant d’une problématique… Mais dés qu’il s’agit de parler de la mer, de l’eau, du feu, des éléments qui m’ont toujours accompagnée, le creuset même de mon inspiration, mon esprit rationnel s’envole au profit de mes rêveries littéraires. Un peu comme ici.

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Du désir de surface.

Parfois pour être créative, il me suffit d’expérimenter une infime partie de ce que je souhaite vivre pour déclencher le processus créatif. Très souvent, je n’aime que l’entrebaillement des choses. Être sur le seuil, à l’orée d’un monde nouveau. Le contempler de loin, s’y risquer un peu. Mais juste de quoi laisser la part belle à l’imagination. Si on me dévoile tout tout de suite, je vais être ensevelie sous le prosaïsme. Alors je m’efforce artificiellement à ne vivre les choses que de manière superficielle. Ainsi, je suis sûre d’avoir assez d’éléments réels et sensoriels sur lesquels fonder mes envolées fictionnelles. Si je prends un questionnement à bras le corps, je vais en un sens percer son mystère et il m’inspirera beaucoup moins… Le processus créatif demande une forme de prise de risque, de désir exploratoire. Tout est conciliable dans la vie dans la limite de nos capacités de dissociation. L’écrivain est forcément divisé, jusqu’à « trivisé », entre l’être, le non-être, celui qui fantasme et le lecteur, le voyeur, le témoin extérieur. Tout cela concilié à une vie dite normale crée de nombreuses dissonances. Mais si l’on parvient à faire la part des choses, et à invoquer notre part de rêverie lucide, celle qui plonge dans le lac sans être réellement mouillée, celle qui lévite au-dessus de la surface  en noyant ses pensées dans l’ondée, je crois qu’on peut véritablement atteindre une forme d’équilibre. La créativité est comme un muscle que l’on fait travailler. Rapidement, on met en place des techniques, des façons de le développer, de le rendre plus efficace, plus fort. Ma technique à moi c’est de m’immerger sans me mouiller… Juste de quoi stimuler mon imaginaire et de ne pas cramer mes ailes.

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Au cyanure du soir se creuse la marée,
Que des draps de satin ourlés d’enluminures, 
Couvrent de gouffres flous griffés d’éclaboussures, 
Où la voile arrachée épousera la fée. 

L’ampélite de l’eau d’une lame effleurée 
Au souffle vagabond de rêves en boutures, 
Efface le dessin des profondes voussures
Que le marin toisait de son âme apeurée. 

Le silence invisible aux murmures des vagues, 
Hisse un velours de brume aux plis d’un catafalque, 
Dont les ganses de moire affranchissent les dagues.

Au premier franc frisson du bois qui se déchire, 
La nef et le marin, sous un papier de calque, 
Croquent l’éternité de la mer en délire. 
Francis Etienne Sicard, « Caveau d’émail »,
Lettres de soie rouge

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C’est près de l’eau que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. 
Gaston Bachelard, L’eau et les rêves

C’est à Cassis que la beauté du ciel n’a d’égal que dans son reflet marin, surface azurine et turquoise au coeur bleu nuit. S’il y a un endroit où l’inspiration pourrait naître, où le calme et la volupté pourraient être, c’est bien là bas. La pureté des éléments se fond dans la rudesse du décor et de la torpeur estivale. La roche coupante et le soleil dardant ses rayons mortifères vous poussent dans cet écrin aquatique revigorant, où l’on laisse les vents et éléments nous consumer un peu plus, nous avaler dans leur immensité. C’est le lieu idéal pour se rappeler de sa physicalité. Et la chérir.


Chaque flot m’apporte une image ; 
Chaque rocher de ton rivage
Me fait souvenir ou rêver… 
Lamartine


Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d’étoiles!

Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux ! 
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées ! 
Tant elle répandait d’amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous ! 

Moi, j’étais devant toi, plein de joie et de flamme, 
Car tu me regardais avec toute ton âme ! 
J’admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu’un mot révélât ta pensée, 
La tendre rêverie en ton coeur commencée
Dans mon coeur s’achevait ! 
Victor Hugo

Mes totems personnels 

J’ai souvent une pointe de cristal de roche sur moi. Je ne sais pas pourquoi mais pendant longtemps j’éprouvais tout simplement le besoin d’en avoir une dans mon sac. C’est un amplificateur, un récepteur et un émetteur. Il lèverait aussi les blocages selon les croyances… parfait quand on ressent le désir de créer.

Par ailleurs, même si j’écris comme nombreux d’entre vous sur ordinateur, je ne sors jamais sans un stylo et un carnet, car je sais que n’importe quel moment, discussion, rencontre peut être le point de départ d’une idée, d’une fiction, d’un article…


Do you always trust your first initial feeling
Special knowledge holds truth bears believing
I turned around
And the water was closing all around
Like a glove
Like the love that had finally, finally found me 
Then I knew
In the crystalline knowledge of you 
Drove me thru the mountains 
Thru the crystal-like clear water fountain 
Drove me like a magnet 
To the sea 
Stevie Nicks

Le besoin numéro 1

La solitude. Beaucoup de gens ne la supportent pas, mais je me dois de souligner l’importance de cet espace-temps que l’on s’aménage avec  soi-même. La solitude est cruciale sur plusieurs points. Elle permet de mieux se connaître, d’apprendre à aimer à passer du temps en notre compagnie, et surtout à développer notre indépendance créative et affective. Si l’on prend une distance suffisante régulièrement, on s’aperçoit de nos automatismes inutiles, de nos peurs dissimulées sous des fonctionnements poussés et parfois cryptiques : ce sont autant de façons de fuir le problème que de fuir notre propre présence, notre propre capacité à nous aimer, et donc à aimer autrui. La créativité prend aussi racine là dedans. Elle n’est pas que fuite en avant. Elle est aussi confort avec soi-même. Ecrire ou mettre en images permet de conscientiser et peu à peu d’accepter notre fuckedupness.

The whole world
became my garden!
But the sea
which no one tends
is also a garden
when the sun strikes it
and the waves
are wakened.
I have seen it
and so have you
when it puts all flowers
to shame.
Too, there are the starfish
stiffened by the sun
and other sea wrack
and weeds. We knew that
along with the rest of it
for we were born by the sea,
knew its rose hedges
to the very water’s brink.
There the pink mallow grows
and in their season
strawberries
and there, later,
we went to gather
the wild plum.
I cannot say
that I have gone to hell
for your love
but often
found myself there
in your pursuit.
William Carlos William, « Asphodel »

Maillot
Penneys

Photos
Spectracolour & moi

 

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46 commentaires sur « Du désir de surface. Ma boite de pétri créative. »

  1. J’aime la relation qui se créé entre les photos et le texte au sein de tes articles. Ton texte est profond et les métaphores que tu utilises prennent vie grâce à ces images. L’équilibre entre les deux est parfois compliqué à trouver mais tu manies cet art à merveille. Continues comme ça ! 😚

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  2. Encore un texte profond comme tu sais si bien les écrire! Moi ce qui m’inspire ce sont les jolies choses, créer tout un univers autour de ça, souvent au grès des jours, de mon humeur, du temps …ça vient tout seul sans vraiment forcer ni réfléchir en fait !!! Cependant je ne pense pas être comme toi une vraie créative, tu as un sacré talent d’écrivaine, j’en suis incapable! Beau boulot ma douce

    Aimé par 1 personne

  3. Nous avons chacun notre manière de développer la créativité. En ce qui me concerne C’est me posé des qu’un thème me vient en tête ou une idée et développer le sujet jusqu’à ce que l’inspi disparaissent. Ensuite je retravaille et structure mes idées.

    Aimé par 1 personne

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