Rooftop à Perpignan (de l’importance de cultiver ses racines)

Le propos de cette séance est très simple :
– une fille
– une boisson colorée
– un rooftop
– des fringues pop
Et le tour est joué!

La tenue

Il y a un côté très 1900, très Deauville, très patriotique aussi, sans parler de l’effet Lolita dans ma tenue. C’est vrai que j’aurais pu me la jouer beaucoup plus catalane dans ma ville natale en arborant les couleurs sang et or. Mais un jour j’ai retrouvé ces vieilles cartes postales de Perpignan datant du début du XXème siècle, et j’ai toujours fantasmé sur ce à quoi pouvait ressembler ma ville plusieurs décades en arrière. Mon père me racontait qu’il prenait le tramway pour se rendre sur la côte le dimanche dans les années 40 et 50. J’aurais aimé connaître cette période! Inconsciemment, je dois avoir très envie de recréer cette atmosphère début et milieu du 20ème, les femmes vêtues de robes cintrées à la taille, évasées en bas, pour aller cueillir les premiers embruns, doucement caressées par les rayons puissants du soleil radoucis par le marin ou par une tramontane naissante (généralement peu douce et clémente! le vent est un dieu dans le sud, et il souffle sans retenue aucune!)

castillet lolita red heels

Le lieu

C’était la première fois que je testais le rooftop des Galeries Lafayette de Perpignan, et la vue est juste parfaite! Cela faisait 32 ans que la terrasse était fermée! Ce genre de lieu mérite le détour tant la vue est belle et colorée.

Perpignan est une ville intéressante architecturalement, car totalement diversifiée. On peut y trouver de l’académique, de l’art nouveau, mêlés à de l’architecture typiquement régionale, constituée de matériaux locaux tels que le marbre rose de Villefranche ou les tuiles et galets.

Le Castillet, grand monument de briques rouges qui s’élève face à nous, date du XIVè siècle et arbore un style mauresque. C’était une ancienne prison qui a aussi servi de porte avec pont-levis, pour parer à toute attaque septentrionnale!

Le retour aux racines

Ma ville est pour moi peuplée de fantômes. De gentils fantômes. Lorsque j’arpente ses rues, je me remémore ce que chaque lieu évoque à ma mémoire ou à mon imagination s’échinant à reconstruire des morceaux épars du passé qui flottent comme des réminiscences dans mon esprit. Des bribes de conversation, des anecdotes, des passages lus dans des livres… tout cela contribue potentiellement à alimenter le lien sentimental que je développe de plus en plus avec mes racines. Je ne sais plus si j’ai vécu certains moments ou si je les ai rêvés. Mais tous sont teintés de cette douce nostalgie. Il y a notamment deux rêves que je faisais régulièrement entre 5 et 20 ans, deux rêves hautement symboliques je pense, tous deux connectés à deux endroits qui me sont chers. Je suis convaincue que ce sont nos rêves, nos désirs non aboutis et nos frustrations qui plus tard, nous permettent de re-créer un lien d’autant plus fort avec nos racines. Ce que l’on a perdu est comme un trésor que l’on s’évertue à reconquérir tout au long de notre vie adulte. J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait deux grandes tendances ici :

– le plaisir voire la complaisance à la sédentarité
– le désir impérieux de se barrer

castillet lolita

Ces tendances sont pour moi extrêmement marquées tant le nombre de jeunes faisant construire des maisons dans leur village d’enfance est énorme, tant la qualité de vie et l’immense beauté des paysages expliquent le dévouement qu’on manifeste eu égard à ses racines ici. Mais il existe aussi ici une forme de complaisance dans ce genre d’attitude, une forme de contemplation de la stase, de désir que rien ne change, que tout reste figé dans cette douce quiétude. Et j’ai toujours été d’une nature très vive et impatiente. Je ne supporte pas l’immobilisme. J’ai besoin de changer régulièrement de lieu de vie, de cotoyer d’autres mentalités, pas seulement de voyager de manière ponctuelle. Je ne me sens jamais autant à la maison que lorsque je suis loin. La maison est cette chose sentimentale, chérie par le manque, le souvenir, reconstruite par l’imaginaire. C’est pour moi aussi important que tous les attraits dont je profite dans ma région lorsque j’y reviens.

Rien ne me plaît autant que ces balades solitaires dans le vieux centre-ville, ses ruelles au charme désuet baignées de cette si belle lumière vespérale, les cris et les rires du quartier St Jacques, les odeurs de la rue de la poissonerie, le palais des Rois de Majorque qui s’élève, majestueux, lorsqu’on se croit perdu dans le dédale des rues. Rien ne me plaît autant que les palmiers, les terrasses de toit, et les surprises au gré du chemin. Penser s’être éloigné de l’animation et tomber sur la place du figuier! Y savourer une sangria. Continuer la déambulation, passer du rouge à l’orange au jaune, aux volets bleus, aux volets verts, et aux vieilles façades expressives qui semblent vouloir nous raconter leurs histoires. Rien ne me plaît autant que de tomber au hasard sur une rue qui m’évoque un souvenir oublié, déterré, ressuscité, penser y avoir vécu quelque chose de significatif ou même d’anecdotique, me ressaisir, et réinventer le cours des choses. Me plaire autant à voir la rue qu’à la faire revivre dans mes songes.

Et vous, quels rapports entretenez-vous avec vos racines?

Où trouver la tenue?

Robe, Vila / Modèle proche chez Oasap
Blazer, Newlook / Modèle proche chez Modcloth
Sandales, Mango / Modèle proche chez Schutz ou Nine West
Ceinture, Lesara
Lunettes, Yooske

Photos

Jim Lefeuvre
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Soldier Freak [Street Style]

Pour l’intitulé de ce look, je n’arrivais pas à choisir entre l’évocation du petit soldat en bois et le performer de cirque au temps des Freaks (rappelons le, et Diane Arbus le disait si bien « Most people go through life dreading they’ll have a traumatic experience. Freaks were born with their trauma. They’ve already passed their test in life. They’re aristocrats. ») alors j’ai tout simplement choisi les deux! Lire la suite de « Soldier Freak [Street Style] »

Evil Queen

Pour ce nouveau shooting, Sandrine, Jim et moi, les comparses perpignanais, avons investi le magnifique Hôtel Pams situé dans le vieux centre de Perpignan. Cet hôtel particulier datant de la fin du XIXème regorge de joyaux : le parc et ses statuts de divinités (Venus et Pan), le superbe escalier de marbre et d’onyx, et évidemment les peintures de Paul Gervais qui ornent les murs. C’est une petite pépite art nouveau, une pierre précieuse que trop peu de gens connaissent!

Nous avons profité du cadre sublime pour travailler sur différents thèmes qui nous sont apparus évidents de par le choix de nos tenues d’abord, et de par nos affinités et questionnements personnels. Sous l’égide de la déesse Vénus, nous avons exploré avec Sandrine différentes visions de la beauté. La beauté naturelle, la beauté quêtée, inlassablement poursuivie et maintenue, l’obsession voire même l’asservissement au beau, à travers l’instrument qui bâtit l’égo : le miroir. Lire la suite de « Evil Queen »

Les Remparts Rouges

“Faire rêver les hommes est souvent le moyen le plus sûr de les tenir endormis – précisément parce que le rêve leur donne l’illusion d’être éveillés.” Gustave Thibon

Un lieu, une symbolique conformiste

Pour cette série de photos intitulée « Les Remparts Rouges » prise par Jim, je voulais trouver une belle maison du sud qui puisse avoir quelque chose d’hollywoodien dans le style (blanc, minimaliste, rappelant le désir conformiste du « white picket fence », symbole de réussite sociale aux USA). Ces photos ont été prises non loin des remparts de Perpignan, et pour moi les « Remparts Rouges » évoquent toute une symbolique très spéciale, faite de l’agrégat de plusieurs éléments esthétiques, cinématographiques et psychologiques.

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Le costume, un reflet des fantasmes
Lire la suite de « Les Remparts Rouges »

La Femme des 50s : l’incomplète silencieuse

Si en tant qu’épouse, elle n’est pas un individu complet, elle le devient en tant que mère : l’enfant est sa joie et sa justification.
Le Deuxième Sexe (1949), Simone de Beauvoir

Un malaise passé sous silence

On assiste dans les 50s à l’émergence de la seconde vague féministe. En France, Simone de Beauvoir ouvre la voie aux multiples combats de la femme, aux USA c’est Betty Friedan qui crève l’abcès en 1963 avec The Feminine Mystique, la femme et son « problem that has no name », ou la mystification du malaise féminin dans la société. Soumise à la très forte injonction sociale de se marier et de procréer pour devenir un individu complet, de plus en plus de femmes ressentent un mal-être que personne n’avait encore jamais vraiment démystifié.

Friedan ose mettre des mots sur cette crise profonde que vit la ménagère des 50s. Sa comparaison est extrême, mais peut-être contribue-t-elle à éveiller enfin les consciences :

« Il n’est que temps de comprendre que l’état de ménagère à lui seul crée chez les femmes un sentiment de vide, de non-existence, de néant. (…) Il n’est pas exagéré d »affirmer que la femme qui s’adapte au rôle de ménagère, qui grandit dans la seule ambition de n’être « qu’une ménagère », court le même danger que ceux qui par millions entrèrent dans les camps de concentration pour y trouver la mort – et que ceux qui, par millions, refusèrent de croire à l’existence de ces mêmes camps. » Lire la suite de « La Femme des 50s : l’incomplète silencieuse »

Garage Art Déco / Pinup Rétro

Pour commencer cette série sur les 50s, Jim et moi avons choisi une localisation quelque peu étonnante dans un quartier proche (Vernet) de Perpignan. Cette première série est consacrée purement à la mode, aux couleurs, aux superbes compositions graphiques de Jim, mais il n’y aura pas de commentaire social ou satirique… pas encore ! Une deuxième série va suivre et je ferai un point sur les auteurs importantes (pour moi) des 50s ainsi que sur quelques poétesses que je chéris particulièrement aux parcours de vie assez complexes…

En attendant, voici les premières images de notre remontée dans le temps ! Lire la suite de « Garage Art Déco / Pinup Rétro »

Perpignan, Ville Art Déco / Romane / Régionaliste

A l’occasion de ce shooting, nous avons été inspirés par le superbe patrimoine architectural de Perpignan. Jim et moi sommes tous les deux originaires du 66, et re-découvrons maintenant à l’âge adulte, les superbes maisons et hôtels particuliers de la ville. Il n’y a rien de « tape à l’oeil » ici, aucune réelle cohérence, mais c’est ce qui rend la découverte de pépites encore plus excitante ! La maison devant laquelle nous avons pris ces photos est située avenue de la gare et n’est pas sans rappeler plusieurs influences : à la fois art déco aux formes épurées, art roman avec ses baies et ses balcons de brique rouge, et typiquement sudiste, avec ce côté légèrement hacienda bordée de palmiers. On sait aussi que l’utilisation de la brique et de la tuile est ici typiquement régionaliste et fait partie d’un imaginaire méditerranéen.

La tenue associée à la superbe villa Paynard est celle de la robe foulard, aux teintes noires, rouges, beiges, à motifs. Je souhaitais rester dans l’esprit hispanisant, Lire la suite de « Perpignan, Ville Art Déco / Romane / Régionaliste »

From Misfit to Fatale

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“Si la littérature n’est pas pour le lecteur un répertoire de femmes fatales et de créatures de perdition, elle ne vaut pas qu’on s’en occupe.”
Julien Gracq 

De l’antiquité jusqu’à American Horror Story, les misfits, les exclus, les rejets de la société ont toujours été représentés. Qu’il s’agisse de Lilith, de Médée, de Médusa dans la Bible ou la mythologie, ces personnages couvaient un secret, ne pouvaient entrer dans le moule et refusèrent d’être inféodés aux hommes. Mais aujourd’hui ces personnages si controversés sont devenus de véritables antihéroïnes admirées et adulées par le plus grand nombre.

Tim Burton a consacré son œuvre aux outcasts, représentant sans cesse leur différence par l’utilisation d’un locus précis (le Château gothique d’Edward aux mains d’argent surplombant la ville bariolée de Suburbia), d’outils de contraste (couleurs vives versus noir), de tropes et d’archétypes (la demoiselle en détresse, la tentatrice, le savant fou…) qui ont réellement contribué à glorifier la « différence » en devenant un référent populaire aimé par les masses. Autre exemple de l’évolution très positive du Misfit : American Horror Story encense les exclus dans chacune de ses saisons un peu plus (Freak Show incarnant une forme d’apogée laudative du rebut de la société), on assiste vraisemblablement à la démocratisation des icônes marginalisées, en passant par la production de masse d’objets ou de vêtements qui il y a 30 ans symbolisaient un réel choix politique, une marginalisation qui à présent est devenue ‘mainstream’ !

La Femme Fatale, l’icône du misfit

Si l’on croise l’archétype du Misfit avec celui de la Femme Fatale, on peut trouver de nombreuses ressemblances. La Femme Fatale pourrait être une sirène, une vampiresse, une veuve noire, une fée… Elle est mue par des motifs qui lui sont propres, qu’elle ne révélera sous aucun prétexte. Elle attire les proies dans sa toile d’ araignée venimeuse et enchaîne les victimes, étant elle-même victime de son insatiabilité. Lire la suite de « From Misfit to Fatale »