Le Styx intérieur

Et si Charon était une femme? Me voici plantée au milieu des rives du Styx, face aux âmes sur le point de voguer sur mes eaux noirâtres et d’être dirigées jusqu’à l’ultime bifurcation… Paradis ou Enfer? La fumée verte qui s’échappe de ma lanterne représente les âmes qui s’évadent, comme des feux follets dansant au crépuscule.

Charon était réputé pour être un vieil homme sale et négligé, peu enclin à la discussion ou à la compassion. Rares sont ceux qui réussirent à le charmer et à vaincre la mort.

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Être son propre Charon

Et si on apprenait à être son propre Charon? A jeter ses déchets psychiques dans la bonne poubelle? Les eaux noires font peur, la vue de l’affreux nocher provoque aussi la frayeur, mais le noir est une couleur transformative par essence. A travers la vision presque subliminale du monstre, la transmogrification suscitée par la peur qui électrifie est quasi-immédiate. De subliminal à sublime il n’y a qu’un pas. Et l’idée initiale de Pierre (ces photos ont émergé de son imaginaire survolté) était de rendre à travers le choix du lieu et des accessoires comme des expressions, l’idée du passeur, sublime. La vision d’horreur subliminale sera toujours pour moi  liée à L’Exorciste et à l’image saccadée de la mère du prêtre s’enfonçant silencieusement dans le métro, entrecoupée d’une apparition éclair et mortifère d’un visage démoniaque qui a hanté mes nuits et mes jours depuis.

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Du subliminal au sublime

Le subliminal de sa racine « limen » qui a donné liminaire, indique que nous avons affaire à ce qui est de l’ordre du seuil, ce qui se trouve juste en dessous du seuil de perception. La vision subliminale terrasse : elle est extrêmement prompte, tout juste détectable par l’oeil humain, mais imprime une sensation, une idée, une image dans notre inconscient. L’image subliminale du monstre m’intéresse beaucoup, car elle montre (mostrare, montrer) ce que nous ne voulons pas voir (monere, avertir). Malgré nos réticences, elle parvient souvent à rester gravée en nous, ce qui lui donne son caractère hypnotisant et hanté. Ce qui me hante me rend plus fort. Montrer ce que nous fuyons, se frotter à cette allégorie gênante ou effrayante déploie un tremplin réflexif : de quoi ai-je précisément peur ? qu’est-ce qui m’incommode? Le subliminal, dans sa forme « larger than life », transcendant alors le réel, et se situant au-delà des notions de beau et de laid, peut susciter une telle sensation de dépassement que les frayeurs et les blocages sont élevés à un plan supérieur, et s’en trouvent sublimés.

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Le Léthé comme alternative

Pas loin de l’Achéron se loge peut-être la réponse temporaire à nos démons intérieurs (les eaux sont souvent internes, connectées aux émotions profondes, le réseau de rivières imitant le réseau de veines qui envoie et nettoie le mauvais sang). Ainsi, le Léthé offre une alternative potentielle : la fontaine de l’oubli, la clé pour l’éternelle jeunesse. Je crois vraiment que le pouvoir de l’oblivion est magique. Juste envoyer péter le garbage. Just delete. Enfin, il s’agit de devenir son propre psychopompe, et de conduire les morts (les idées noires, les fumées vertes et moisies) vers son Styx intérieur et de se repaître un instant du côté du Léthé.

« Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l’abîme de ta couche ;
L’oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers. »

— Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Lieu 

Coulée Verte, Bressuire, Deux Sèvres

Tenue

Robe, Crazyinlove
Couronne, Amazon

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Inspiration

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Crossing The Styx River, Joachim Patinir

Photos
Pierre

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Rooftop à Perpignan (de l’importance de cultiver ses racines)

Le propos de cette séance est très simple :
– une fille
– une boisson colorée
– un rooftop
– des fringues pop
Et le tour est joué!

La tenue

Il y a un côté très 1900, très Deauville, très patriotique aussi, sans parler de l’effet Lolita dans ma tenue. C’est vrai que j’aurais pu me la jouer beaucoup plus catalane dans ma ville natale en arborant les couleurs sang et or. Mais un jour j’ai retrouvé ces vieilles cartes postales de Perpignan datant du début du XXème siècle, et j’ai toujours fantasmé sur ce à quoi pouvait ressembler ma ville plusieurs décades en arrière. Mon père me racontait qu’il prenait le tramway pour se rendre sur la côte le dimanche dans les années 40 et 50. J’aurais aimé connaître cette période! Inconsciemment, je dois avoir très envie de recréer cette atmosphère début et milieu du 20ème, les femmes vêtues de robes cintrées à la taille, évasées en bas, pour aller cueillir les premiers embruns, doucement caressées par les rayons puissants du soleil radoucis par le marin ou par une tramontane naissante (généralement peu douce et clémente! le vent est un dieu dans le sud, et il souffle sans retenue aucune!)

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Le lieu

C’était la première fois que je testais le rooftop des Galeries Lafayette de Perpignan, et la vue est juste parfaite! Cela faisait 32 ans que la terrasse était fermée! Ce genre de lieu mérite le détour tant la vue est belle et colorée.

Perpignan est une ville intéressante architecturalement, car totalement diversifiée. On peut y trouver de l’académique, de l’art nouveau, mêlés à de l’architecture typiquement régionale, constituée de matériaux locaux tels que le marbre rose de Villefranche ou les tuiles et galets.

Le Castillet, grand monument de briques rouges qui s’élève face à nous, date du XIVè siècle et arbore un style mauresque. C’était une ancienne prison qui a aussi servi de porte avec pont-levis, pour parer à toute attaque septentrionnale!

Le retour aux racines

Ma ville est pour moi peuplée de fantômes. De gentils fantômes. Lorsque j’arpente ses rues, je me remémore ce que chaque lieu évoque à ma mémoire ou à mon imagination s’échinant à reconstruire des morceaux épars du passé qui flottent comme des réminiscences dans mon esprit. Des bribes de conversation, des anecdotes, des passages lus dans des livres… tout cela contribue potentiellement à alimenter le lien sentimental que je développe de plus en plus avec mes racines. Je ne sais plus si j’ai vécu certains moments ou si je les ai rêvés. Mais tous sont teintés de cette douce nostalgie. Il y a notamment deux rêves que je faisais régulièrement entre 5 et 20 ans, deux rêves hautement symboliques je pense, tous deux connectés à deux endroits qui me sont chers. Je suis convaincue que ce sont nos rêves, nos désirs non aboutis et nos frustrations qui plus tard, nous permettent de re-créer un lien d’autant plus fort avec nos racines. Ce que l’on a perdu est comme un trésor que l’on s’évertue à reconquérir tout au long de notre vie adulte. J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait deux grandes tendances ici :

– le plaisir voire la complaisance à la sédentarité
– le désir impérieux de se barrer

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Ces tendances sont pour moi extrêmement marquées tant le nombre de jeunes faisant construire des maisons dans leur village d’enfance est énorme, tant la qualité de vie et l’immense beauté des paysages expliquent le dévouement qu’on manifeste eu égard à ses racines ici. Mais il existe aussi ici une forme de complaisance dans ce genre d’attitude, une forme de contemplation de la stase, de désir que rien ne change, que tout reste figé dans cette douce quiétude. Et j’ai toujours été d’une nature très vive et impatiente. Je ne supporte pas l’immobilisme. J’ai besoin de changer régulièrement de lieu de vie, de cotoyer d’autres mentalités, pas seulement de voyager de manière ponctuelle. Je ne me sens jamais autant à la maison que lorsque je suis loin. La maison est cette chose sentimentale, chérie par le manque, le souvenir, reconstruite par l’imaginaire. C’est pour moi aussi important que tous les attraits dont je profite dans ma région lorsque j’y reviens.

Rien ne me plaît autant que ces balades solitaires dans le vieux centre-ville, ses ruelles au charme désuet baignées de cette si belle lumière vespérale, les cris et les rires du quartier St Jacques, les odeurs de la rue de la poissonerie, le palais des Rois de Majorque qui s’élève, majestueux, lorsqu’on se croit perdu dans le dédale des rues. Rien ne me plaît autant que les palmiers, les terrasses de toit, et les surprises au gré du chemin. Penser s’être éloigné de l’animation et tomber sur la place du figuier! Y savourer une sangria. Continuer la déambulation, passer du rouge à l’orange au jaune, aux volets bleus, aux volets verts, et aux vieilles façades expressives qui semblent vouloir nous raconter leurs histoires. Rien ne me plaît autant que de tomber au hasard sur une rue qui m’évoque un souvenir oublié, déterré, ressuscité, penser y avoir vécu quelque chose de significatif ou même d’anecdotique, me ressaisir, et réinventer le cours des choses. Me plaire autant à voir la rue qu’à la faire revivre dans mes songes.

Et vous, quels rapports entretenez-vous avec vos racines?

Où trouver la tenue?

Robe, Vila / Modèle proche chez Oasap
Blazer, Newlook / Modèle proche chez Modcloth
Sandales, Mango / Modèle proche chez Schutz ou Nine West
Ceinture, Lesara
Lunettes, Yooske

Photos

Jim Lefeuvre
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18 ans, une caisse, un pel, la définition du bonheur?

Suite à de nombreuses conversations avec des collègues profs et des réflexions personnelles mises bout à bout, je me suis dit qu’il était grand temps de pondre un article résumant une certaine ambiance que je ressens ici depuis quelques années, comme une sale présence méphitique, un nauséabond changement de paradigme. Pardonnez tout de suite les accents vieille conne que cet article pourra prendre de temps à autre, cela s’explique par mes frustrations personnelles et ma tristesse face à la grande vacuité laissée par l’admiration de bébés mares sans profondeur que l’on appelle réseaux sociaux, culte de l’image, et superficialité des relations. Je m’explique.

Des générations de plus en plus matérialistes Lire la suite de « 18 ans, une caisse, un pel, la définition du bonheur? »

La robe dans les étoiles

Pour moi, la robe étoilée correspond à deux catégories de filles : la fêtarde et la poétesse. La première fait de sa vie une série de mini explosions, de pétulances et de pétillements divers qu’elle porte sur elle : let there be light! Lire la suite de « La robe dans les étoiles »

Minnie-Rock

Pour cette tenue de mi-saison, j’ai adopté la robe légère rouge à pois blancs du style Minnie, que j’ai décalée avec une petite veste en jean cloutée et délavée, des collants en résille noir ainsi que des bottines noires cloutées. Ces éléments apportent la touche rock à la robe et brisent son côté un peu pop. Lire la suite de « Minnie-Rock »

How to be a Party Girl in the 1920s

1927.
La fête bat son plein, tous les invités sont dans le living-room en train de danser, de rire et d’échanger des regards plein d’étincelles. Le champagne coule à flot et le gramophone hurle « Let’s misbehave » de Cole Porter. Le manoir d’en face n’attend que moi! Du pêche sur les paupières et sur les joues, des lèvres grenat, un trait d’eyeliner, un turban pour domestiquer les cheveux en bataille (il est 18h du matin, je me réveille tout juste, je suis un oiseau de nuit!). Des talons vernis, du rouge sur les ongles, j’ai presque fini… Ah oui, ma robe! Je me pare de quelques étoffes veloutées légèrement osées (OMG on ne voit que mes jambes!) et saisis la bouteille d’un sirupeux alcool italien aromatisé à la rose… J’arrive! Lire la suite de « How to be a Party Girl in the 1920s »