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De la nécessité de nourrir notre anti-héros intérieur

Nous traversons nos vies, souvent avec calme et modération, quiétude et raison. Ces longues plages de placidité sont de temps à autres entrecoupées d’épisodes de perdition, de sédition et autres petits péchés aux accents judéo-chrétiens que l’on se fait un plaisir de commettre. Il y a dans ces petits péchés (décennaux à tout casser) d’infimes plaisirs salvateurs, des palpations nécessaires de son pouls une fois par décade : toujours là, bien vivant.

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Mais la majorité de sa vie, nous la passons dans la peur de ne pas faire ce que nous sommes supposés faire, ne pas être ce que nous devrions être, et prendre les mauvais chemins pour mieux attendre une providentielle bifurcation.

Si l’on plaquait une loupe sur ces plages de placidité, l’on pourrait observer avec une parfaite acuité de longues et rébarbatives semaines alimentées par l’unique espoir de voir venir un nouveau weekend. Une source imaginaire de libertés fraîches et infinies. Une salutaire bouffée d’air dans ces cinq jours d’apnée.

Alors ces semaines que l’on passe à s’efforcer d’être le plus irréprochable, le moins remarquable possible, le plus discret pour ne pas être enquiquiné, trop responsabilisé, et à moitié planqué, à moitié visible, paraissent interminables. FLASH NEWS. Elles SONT interminables.

La perfection, dans son absolutisme le plus total, sera toujours absurde et obsolète. La quête d’une perfection abstraite permet aussi de se bâtir un petit nid à l’abri de tous les potentiels problèmes. Viser la perfection abstraite, c’est choisir de planer au-dessus des évènements. C’est se résigner à l’ancrage. Cette quête impossible ressemble à une quête du zéro, à un désir de figer le cours de la vie, d’éviter pourriture et mort, et enfin à un terrible refus de danser un tango chaud lapin avec le chaos du vivant ! Nous évoluons alors dans une définition de la vie par la négative : dans l’espoir qu’aucun mal n’advienne. L’espoir d’un bonheur, d’une joie attendus et souhaités sont annihilés d’avance, « par peur d’être déçu(e/s) ». L’anticipation de la moindre perte est toujours mieux que l’anticipation enfiévrée d’un gain. Mais le rêve précède la vie. La rêverie précède l’expérience. Sans image mentale de notre désir, de ce que pourrait être notre semaine, notre année, notre vie idéale, il n’en existera jamais une. Nous ne l’aurons jamais modelée. Elle vivra pour toujours dans les limbes du « could have been ».

D’emblée, soyons conscients d’une chose : la perfection n’existe pas. C’est un bon gros concept de control freaks. C’est une psychorigidité heureusement pas congénitale qui consiste à refuser la présence du chaos, et donc du vivant. C’est une fable racontée par les gens frustrés de ne pas avoir eu les couilles de réaliser leurs rêves. C’est un moyen de donner un sens à sa triste vie en la remplissant de culpabilité (l’homme ne sera jamais parfait, seul le divin l’est). Et la culpabilité a cette chose géniale que c’est un poison qui sait se distiller dans l’air et infecter les veines de quiconque un peu trop rempli de « negative space ». La culpabilité se propage. Mais elle est très facilement curable : il suffit de se remplir de ce qui nous rend heureux.

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Si le quotidien actuel ne permet pas de se gorger d’une joie ontologique, on peut toujours faire appel à notre anti-héros intérieur. Je m’explique.

Sommes-nous bien d’accord sur le fait que pour chacun(e) d’entre nous, nous sommes au centre de notre propre vie, nous en sommes les acteurs principaux, n’est-ce pas? Serait-ce pompeux en ce sens de nous désigner « héros » de notre vie? J’ai mieux : anti-héros de notre vie.

Face aux « injonctions » (je ne trouve pas ce mot juste mais je l’emploie tout de même, je n’ai pas mieux) intériorisées et si sagement assimilées par des années de dressage, nous avons érigé cette statue imaginaire de ce qu’est la perfection. Et à travers les micro-lacérations quotidiennes de notre confiance en nous, les heurts et les injures que nous cueillons régulièrement (que nous nous laissons cueillir), notre estime et notre confiance innée en nous-mêmes s’amenuisent, et le negative space se remplit d’une vision fantasmée de la perfection (inatteignable et source d’un malheur infini, un trou béant proportionnel à celui creusé dans la confiance en soi). C’est le fléau assuré. L’aporie programmée.

Ainsi, quand je sens les pressions extérieures (et intérieures) s’amonceller, pousser, pousser, j’invoque mon anti-héros intérieur. Il sait toujours s’opposer en fier vilain à ce modèle que nous avons tous en tête du premier de la classe. L’anti-héros restaure naturellement la dose de chaos nécessaire à chaque journée ! Il est la soupape de sécurité.

Comment se manifeste-t-il? C’est simple. Par exemple, je décide sciemment d’avoir 5 minutes de retard. Au lieu de me culpabiliser inutilement (car c’est bel et bien un sentiment INUTILE), je sais que je serai attendue, désirée. Cet élève recopie son cours de maths pendant le cours d’anglais. J’ai une envie irrépressible et légère qui me saisit : je prends son cahier et je le jette à la poubelle dans un éclat de rire. Cet homme me prend de haut, alors je me mets à sa « hauteur » et je lui parle comme à un enfant de 8 ans (en exagérant absolument le ton!). Je n’ai pas envie de manger sain, j’ai envie de gras, de sel. Je mange 1 paquet de chips en guise de repas. Je n’ai plus de sous, je sors boire un verre avec une amie.

Et dans ces moments là… c’est comme si parfois, parfois… dans la fêlure de ces espaces flous et incertains, le soleil pouvait passer et la chance nous sourire. L’élève rit, l’homme rouspète mais ne m’embête plus, j’ai perdu du poids, je me fais offrir un verre par un inconnu…

Notre anti-héros intérieur peut nous mener vers des situations inédites, souvent rocambolesques, frôlant la folie, mais entre un quotidien avec sa dose de connu et d’inconnu -tout aussi anxiogène- et la même chose, avec une pincée d’unexpected et d’excitation, mon choix est vite fait : tout sauf l’ennui.

Outre la question de l’ennui, je trouve que l’anti-héros intérieur est une forme de doppelgänger du démon qui siègerait sur notre épaule ! On écoute trop souvent l’ange, ou on laisse le démon gouverner, nous piloter sans même questionner la valeur intrinsèque de ses espiègles suggestions ! Je suis pour un partenariat en toute lucidité de la raison et de la pointe de folie. On a évoqué la force déculpabilisante de l’anti-héros intérieur, il sait aussi décomplexer à coup de fusillades de la Miss Parfaite aux Clochettes Angéliques qu’est notre inlassable quête de perfection. Je ne parle pas bien sûr de ce sain désir de concrétiser ses souhaits, mais plutôt de cette absurde poursuite d’une abstraite perfection, sans réelle attache au réel ou à la rêverie personnelle.

Je lève mon verre (offert par un inconnu, rappelons-le) à tous nos anti-héros intérieurs !

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Dans l’ordre d’apparition :
Pierre
Jim
Pierre

Tenue
Robe, Pimkie (old)
Sandales, H&M
Sac, Asos

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Architecture + Fashion = SELF CONFIDENCE

Quels sont les liens entre la mode et l’architecture? Ces deux entités sont intimement liées, constamment entrelacées, empruntant à l’une comme à l’autre, véhiculant avant tout une émotion, un sentiment, un désir fort : identitaire, social, communautaire, idéique.

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La mode et l’architecture ont pour premier point commun évident d’abriter l’humain et de le protéger. Toutes deux sont le reflet d’une pensée, d’un souhait conscient.

La première différence sautant aux yeux est que l’architecture oeuvre pour le collectif alors que la mode met au centre de son intérêt l’individu.

Ce que j’aime dans l’étude de ces deux sujets, c’est à quel point tous deux sont une métaphore de notre moi secret, un amplificateur de nos désirs les plus profonds, un miroir tourné vers l’intérieur qui reflète à l’univers tout entier ce qui nous anime sincèrement. Le vêtement peut être considéré comme une deuxième peau, absolument au même titre que l’architecture, juste une deuxième peau plus globale, plus collective, abritant encore plus d’individualités distinctes.

La mode est un outil de sociabilisation, et l’architecture est un outil de séparation, où des espaces privés sont crées et permettent de délimiter le monde tel qu’il est. La mode est un cycle qui se répète, les tendances sont éphémères, alors que les bâtiments sont là pour rester et s’ancrent dans la terre, dans le paysage physique, social et émotionnel qui nous entoure.

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Mais la plus belle contradiction de la mode et de l’architecture est que bien qu’elles bâtissent des murs, des fossés voire entre les individus (fossés culturels, sociaux), elles contribuent aussi à faire tomber les barrières. A travers le choix artistique, conscient de ses vêtements ou le choix de l’architecte choisi pour la construction d’un nouveau bâtiment, l’on projète nos sentiments et émotions qui peuvent toucher d’autres individus ou groupes d’individus. On détruit ainsi la distance instaurée entre soi-même et le spectateur, et crée une nouvelle connexion avec ce dernier.

Un de mes monuments préférés à Bressuire est le théâtre avec son choix de couleurs puissantes, tranchantes, fortes, et ses formes oscillant entre minimalisme et sensualisme. Le contraste avec le ciel bleu d’été est d’autant plus vif!

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Ce lieu incarne l’élévation culturelle et spirituelle tout en restant très central, très ancré dans la ville, présent, imposant.

A travers ma tenue, j’ai voulu jouer avec ces deux notions : minimalisme et sensualisme. Pour moi la tenue typique de la working girl se situe à mi-chemin entre ces deux mondes. Elle évoque le pouvoir mais aussi la féminité, la sensualité. Le similicuir flatte les courbes, colle à la peau, reflète le soleil puissant, et la chemise tel un voilage fin permet un contraste dynamique avec le tissu lourd de la jupe crayon. Les escarpins rose gold « tout terrain » font partie d’un mythe érotique assez présent dans le domaine du travail. Le talon, symbole de pouvoir, de puissance phallique porté par la femme active, fait monstration de la capacité féminine à dominer le monde masculin, à s’engager dans une danse périlleuse avec l’attribut mâle, mais toujours à le maîtriser. Il la met en valeur, il flatte sa silhouette, mais c’est elle qui garde le pouvoir sur la situation.

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Le cuir est évidemment intimement lié au monde du SM, à cette idée omniprésente de la domination, tout en douceur (voilage rosé de la chemise), subtilité (bijoux fins, discrets), féminité (rouge?).

Et si l’on fait la somme de ce que je porte ici, cela se résume à trois pièces (+ accessoires), dont deux plutôt fortes, mais tellement adoptées par le monde du travail qu’elles en sont devenues presque simples, voire minimalistes.

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Même si nous ne sommes pas experts, qu’on ne nous a pas encore décernés des prix, que l’on n’est pas « officiellement » reconnus par nos pairs et nos supérieurs, j’aime l’adage américain qui dit « Fake it until you make it ». C’est totalement le propos du film Working Girl d’ailleurs! C’est en résumé la loi de l’attraction. Et on attire à soi ce que l’on projète. Si je projète confiance, respect, élégance, richesse, j’attirerai à moi tout ceci. Et c’est bien le but des vêtements! Nous permettre d’endosser des rôles, entrer dans des personnages et nous apporter la confiance nécessaire pour faire ce que nous souhaitons faire dans la vie. J’aime le rapprochement avec l’architecture, car le bâtiment reste là, fier, planté, implacable et irrévocablement présent. Oui il abrite, oui il reflète. Mais surtout, il EST là. Et on ne pourra pas l’ignorer, l’éviter, nos yeux se poseront sur lui, et tous nos autres sens se frotteront à cette nouvelle présence. L’architecture en ce sens m’inspire à oser davantage, à assumer mes choix, et à attirer à moi les gens qui se reconnaîtront dans ma vision, dans mes goûts. Car la mode reflète notre vision la plus intime, la plus secrète et personnelle du monde. Et tant mieux! Qu’elle la reflète! Je ne demande que ça!

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J’ai souvent pensé que parce que je n’avais pas une assez grande expérience accompagnée d’une reconnaissance réelle, j’étais indigne de l’intérêt d’autrui. C’est terrible le censeur que nous couvons tous en nous. J’ai lu cette phrase géniale d’Austin Kleon qui disait « wear your amateurism on your sleeve, amateurism is passion ». Même si ne nous sommes pas des experts, que nous n’avons pas la dernière formation en vogue, ce qui compte c’est terriblement cliché, mais terriblement vrai de le re-préciser :  c’est la passion, le désir de se diversifier, de faire les myriades de choses que l’on aime faire, même si elles ne sont pas étiquettables, casables, identifiables. Cette idée qui règne surtout en France que si on n’a pas les titres on n’est rien, on ne mérite pas de s’exprimer, ni d’être entendu, est infiniment stérile et frustrante. C’est de l’avortement créatif, du suicide de rêves. Je suis heureuse de voir des personnalités émerger « out of the blue » à présent, des personnalités qui proposent une vision, des penseurs, des esprits uniques qui finissent par exprimer leur voix, et pouvoir même en vivre.

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Pierre

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We are storm, fire and blood

Listen to the words of the Great Mother, who was of old also called Artemis; Astarte; Diana; Melusine; Aphrodite; Cerridwen; Dana; Arianrhod; Isis; Bride; and by many other names.
Whenever ye have need of anything, once in a month, and better it be when the Moon be full, then ye shall assemble in some secret place and adore the spirit of me, who am Queen of all Witcheries.
There shall ye assemble, ye who are fain to learn all sorcery, yet have not yet won its deepest secrets: to these will I teach things that are yet unknown.
And ye shall be free from slavery; and as a sign that ye are really free, ye shall be naked in your rites; and ye shall dance, sing, feast, make music and love, all in my praise.
For mine is the ecstasy of the spirit and mine also is joy on earth; for my Law is Love unto all Beings.
Keep pure your highest ideal; strive ever toward it; let naught stop you or turn you aside.
For mine is the secret door which opens upon the Land of Youth; and mine is the Cup of the Wine of Life, and the Cauldron of Cerridwen, which is the Holy Grail of Immortality.
I am the Gracious Goddess, who gives the gift of joy unto the heart. Upon earth, I give the knowledge of the spirit eternal; and beyond death, I give peace, and freedom, and reunion with those who have gone before. Nor do I demand sacrifice, for behold I am the Mother of All Living, and my love is poured out upon the earth.
Hear ye the words of the Star Goddess, she in the dust of whose feet are the hosts of heaven; whose body encircleth the Universe; I, who am the beauty of the green earth, and the white Moon among the stars, and the mystery of the waters, and the heart’s desire, call unto thy soul. Arise and come unto me.
For I am the Soul of Nature, who giveth life to the universe; from me all things proceed, and unto me must all things return; and before my face, beloved of gods and mortals, thine inmost divine self shall be unfolded in the rapture of infinite joy.
Let my worship be within the heart that rejoiceth, for behold: all acts of love and pleasure are my rituals. And therefore let there be beauty and strength, power and compassion, honour and humility, mirth and reverence within you.
And thou who thinkest to seek for me, know thy seeking and yearning shall avail thee not, unless thou know this mystery: that if that which thou seekest thou findest not within thee, thou wilt never find it without thee.
For behold, I have been with thee from the beginning; and I am that which is attained at the end of desire.

The Charge of the Goddess, Doreen Valiente

A l’occasion d’Halloween (Samhain), Jim et moi avons préparé un shooting plus sauvage et bohémien que jamais ! Le poème introductif rappelle les principes chers aux sorcières, le culte du cycle des saisons, le respect du rythme de la nature, la vénération du divin sous toutes ses formes ! Et la semaine dans laquelle nous sommes et particulièrement la nuit du 31 octobre est réputée pour être la nuit la plus propice à la communication avec les esprits !

Pour ce shooting, nous avions envie de convoquer les esprits du vent et du feu, de nous entourer de terres rouges, oranges, de se confronter au déchaînement des éléments ! Les pyrénées orientales regorgent de lieux épiques, théâtres parfaits des éléments. Plus je m’éloigne géographiquement de mes terres, et plus elles me manquent. Plus le soleil ardent, le vent de fou, la sécheresse, les parfums de garrigue, le mysticisme des montagnes et la poésie de la mer me manquent. Mais mes vacances régulières me permettent de me rattraper et de suivre Jim dans ses découvertes de petits coins incroyablement uniques! Nous tairons l’adresse précise du lieu, si vous voulez y faire des photos, contactez donc Jim!

Notez la beauté des cheminées de fées, la qualité organique, anthropomorphique et sensuelle du paysage… une incarnation terrestre de la déesse…

Pour vous donner envie de visiter mon incroyable région (et je ne suis pas chauvine!), vous pouvez faire un tour sur ce très joli blog (Kiki Mag Travel) qui recense aventures et anecdotes de voyages, et je vous redirige évidemment sur la partie « Escapades dans le 66 » 😉

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Tenue
Robe, Camden Market
Kimono, Newlook
Bottes, Texto
Chapeau, Asos
Collier Triple Lune, CrowHavenRoad (allez voir son Etsy et ses superbes colliers païens)

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Jim

 

 

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Ancient Greece

La Grèce est souvent associée à deux couleurs récurrentes : le blanc immaculé des façades peintes à la chaux ainsi que le bleu céruléen de la mer Méditerranée. Plus rarement on lui associe un rouge profond, un rouge sang, digne d’un Valentino. Peut-être que ce penchant de plus en plus grand pour le rouge me vient de mes racines catalanes, de ce goût immodéré du spectacle, du besoin d’être LÀ. Je shine donc je suis.

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La Grèce revient aussi à travers le choix des spartiates, revisitées façon punk avec ces clous dorés.

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Au niveau des bijoux, j’avais envie d’un effet un peu mariage indien  avec les bangles dorés (Churi), les pierreries, les bagues imposantes qui structurent les mains, les poignets, reflètent la lumière et rééquilibrent la silhouette.

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Enfin il y a les influences orientales. Je ne sais pas s’il y a une explication génétique là dedans encore, mais cela fait de très nombreuses années que l’Orient me fascine. Ses couleurs, ses fragrances, son artisanat, sa cuisine, son art. Il y a de grands parallèles que l’on peut faire entre le sud de l’Europe et la culture orientale. Que ce soit dans l’art de vivre, les mentalités ou le sens de l’accueil, la véritable chaleur humaine et l’art de la contemplation esthète.

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Il y a cette expression maghrébine qui dit « le rouge gagne toujours » : éminemment puissante, cette couleur invite aux plaisirs, à la chair, à l’ivresse des sens, indique la chaleur météorologique et bien sûr relationnelle, émotionnelle.

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Alors que j’enseigne l’anglais, mon coeur bat pour les terres du sud et de l’est, je fantasme depuis des années sur les personnages historiques fascinants comme l’impératrice Theodora ou encore les merveilleuses légendes qui pour moi sont l’essence même du mot édenique : les jardins de Babylone.

Cette petite fontaine en mosaïque de style mauresque est devenue le lieu phare où tous les bressuirais ont pu se faire tirer le portrait pour changer leur avatar instagram ou facebook! Au-delà de ces considérations égocentriques, ce lieu est un véritable écrin magique au milieu d’une petite ville plus connue pour son patrimoine médiéval que pour son art islamique.

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A travers ces quelques photos, nous avons voulu retransmettre la mood esthète, contemplative, hédoniste, ensoleillée et sybarite d’un petit éden perdu au milieu de la campagne, d’un rêve éveillé, d’une parenthèse onirique où l’appel du large brûle en nous comme un feu ardent inextinguible.

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Pierre

 

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Le Styx intérieur

Et si Charon était une femme? Me voici plantée au milieu des rives du Styx, face aux âmes sur le point de voguer sur mes eaux noirâtres et d’être dirigées jusqu’à l’ultime bifurcation… Paradis ou Enfer? La fumée verte qui s’échappe de ma lanterne représente les âmes qui s’évadent, comme des feux follets dansant au crépuscule.

Charon était réputé pour être un vieil homme sale et négligé, peu enclin à la discussion ou à la compassion. Rares sont ceux qui réussirent à le charmer et à vaincre la mort.

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Être son propre Charon

Et si on apprenait à être son propre Charon? A jeter ses déchets psychiques dans la bonne poubelle? Les eaux noires font peur, la vue de l’affreux nocher provoque aussi la frayeur, mais le noir est une couleur transformative par essence. A travers la vision presque subliminale du monstre, la transmogrification suscitée par la peur qui électrifie est quasi-immédiate. De subliminal à sublime il n’y a qu’un pas. Et l’idée initiale de Pierre (ces photos ont émergé de son imaginaire survolté) était de rendre à travers le choix du lieu et des accessoires comme des expressions, l’idée du passeur, sublime. La vision d’horreur subliminale sera toujours pour moi  liée à L’Exorciste et à l’image saccadée de la mère du prêtre s’enfonçant silencieusement dans le métro, entrecoupée d’une apparition éclair et mortifère d’un visage démoniaque qui a hanté mes nuits et mes jours depuis.

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Du subliminal au sublime

Le subliminal de sa racine « limen » qui a donné liminaire, indique que nous avons affaire à ce qui est de l’ordre du seuil, ce qui se trouve juste en dessous du seuil de perception. La vision subliminale terrasse : elle est extrêmement prompte, tout juste détectable par l’oeil humain, mais imprime une sensation, une idée, une image dans notre inconscient. L’image subliminale du monstre m’intéresse beaucoup, car elle montre (mostrare, montrer) ce que nous ne voulons pas voir (monere, avertir). Malgré nos réticences, elle parvient souvent à rester gravée en nous, ce qui lui donne son caractère hypnotisant et hanté. Ce qui me hante me rend plus fort. Montrer ce que nous fuyons, se frotter à cette allégorie gênante ou effrayante déploie un tremplin réflexif : de quoi ai-je précisément peur ? qu’est-ce qui m’incommode? Le subliminal, dans sa forme « larger than life », transcendant alors le réel, et se situant au-delà des notions de beau et de laid, peut susciter une telle sensation de dépassement que les frayeurs et les blocages sont élevés à un plan supérieur, et s’en trouvent sublimés.

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Le Léthé comme alternative

Pas loin de l’Achéron se loge peut-être la réponse temporaire à nos démons intérieurs (les eaux sont souvent internes, connectées aux émotions profondes, le réseau de rivières imitant le réseau de veines qui envoie et nettoie le mauvais sang). Ainsi, le Léthé offre une alternative potentielle : la fontaine de l’oubli, la clé pour l’éternelle jeunesse. Je crois vraiment que le pouvoir de l’oblivion est magique. Juste envoyer péter le garbage. Just delete. Enfin, il s’agit de devenir son propre psychopompe, et de conduire les morts (les idées noires, les fumées vertes et moisies) vers son Styx intérieur et de se repaître un instant du côté du Léthé.

« Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l’abîme de ta couche ;
L’oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers. »

— Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Lieu 

Coulée Verte, Bressuire, Deux Sèvres

Tenue

Robe, Crazyinlove
Couronne, Amazon

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Inspiration

Crossing_the_River_Styx Joachim Patinir
Crossing The Styx River, Joachim Patinir

Photos
Pierre

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Summertime Sadness

Kiss me hard before you go
Summertime sadness
I just wanted you to know
That, baby, you’re the best

Aujourd’hui, ce ne sont pas des photos que je vais partager avec vous, mais un mini clip réalisé cet été avec Jim Lefeuvre (Summertime sadness).

Avec la fin de l’été vient inéluctablement la nostalgie pour ce qui fut et s’envole désormais à l’abord de l’équinoxe. Même si votre été fut passable, maussade ou particulièrement oisif, la nostalgie romantique s’installe invariablement. Elle touche à tout cet attirail d’images léchées et chatoyantes que nous nous trimballons depuis l’enfance : les étés rayonnants, des moments heureux, en somme, l’ataraxie rêvée. L’été sera pour toujours lié à l’enfance et son unité si ronde et parfaite, à cette immaculée absence de troubles, absence de préoccupation pour le lendemain. L’enfant qui vit heureux est comme béni du don de l’oblivion. Tout ce qui ne concerne pas le jeu est automatiquement évité ou oublié. J’aimerais comme tout un chacun vivre ma vie d’adulte avec cette constante omission volontaire (devenant involontaire car systématique) du trouble, et demeurer bercée par la douce mélopée des souvenirs effleurant ma conscience et m’enveloppant dans une cotonneuse nacelle.

C’est ce que le souvenir idéalisé de l’été méridional convoque en moi. Cette salve d’images démarrant de 1990 à 2000 (au-delà de 13 ans il ne semblait plus n’y avoir d’enfance digne de ce nom!), empreintes de vagues céruléennes et de soleil pourpre.

Face à l’immanquable constat de la perte, on ne peut que s’évertuer à re-créer cette idylle passagère entre l’univers et nous… le temps de ces étés édéniques.

L’histoire de ce clip est quelque peu différente de cette mélancolie cyclique, et je vous laisserai le découvrir. Mais ce qui m’intéresse ici ce sont les vibes que l’on retrouve dans n’importe quelle ôde ou blues à la summertime sadness. Cette lenteur, cette apesanteur destinée à imprégner le corps et l’esprit de chaque dernier mouvement, chaque dernier frisson face au couchant, face à la grande bleue, est là dans chaque geste, comme si elle contenait en elle le pouvoir d’enregistrer à tout jamais la préciosité de cet instant.

On retrouve ces ambiances dans les clips surannés de Lana del Rey, dans les interludes feutrés et rythmés à coup de lumières crépusculaires ou fluorescentes de David Lynch, dans la fascination pour ces lieux où seul l’été règne en maître, où seul le rêve vit, où la réalité s’estompe peu à peu, à mi-chemin entre cauchemar et oubli…

Summertime sadness par Jim.

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I got my red dress on tonight
Dancing in the dark in the pale moonlight

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Oh, my God, I feel it in the air
Telephone wires above are sizzling like a snare
Honey, I’m on fire, I feel it everywhere
Nothing scares me anymore

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Think I’ll miss you forever
Like the stars miss the sun in the morning sky

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Lilith

Lilith veut bien signifier le désir de transcendance, ne plus rester dans un monde où la morale ne suffit plus, car tout est dualité, seule l’unicité de l’être est importante. Lilith le sait. Elle sait que tout n’est que projections, que le monde se façonne par nos projections. Elle sait que le seul moyen de sortir de ce monde est de s’isoler.
La Lune Noire, Lilith, est une femme parce qu’elle représente l’archétype peut-être le plus important : le mystère de la vie. La femme enfante. C’est au pourquoi de la vie qu’elle tente de répondre. Lilith cherche et ne veut pas être déroutée dans sa recherche. L’hyperlucidité, le refus, le désir ou plutôt la sublimation du désir sont à la base de sa recherche. Elle cherche à comprendre quelle est la place de l’homme dans sa vie. Non pas parce qu’elle ne veut pas de relation, mais elle veut quelqu’un à son niveau.
Lilith, c’est l’Animus/Anima, notre double inconscient, notre complément féminin/masculin. Lilith, c’est l’ombre, ce doute inavouable qui règne dans l’inconscient personnel et qui tente de tout transformer, de tout sublimer.
Lilith est femme à cause de la question primordiale qu’elle se pose. L’ombre agit ici à fond, refusant de refouler n’importe quoi, mais elle agit trop souvent à l’inverse, de manière à ce que tout soit refoulé dans notre inconscient.
Elle refuse toute forme de carcan. Si l’homme (Adam) s’est caché derrière Dieu, Lilith refuse cette lâcheté, car elle réclame la vie pour la vie et non la vie avec plein de compromis.

Le Retour de Lilith – La Lune Noire, Joëlle de Gravelaine

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Girls’ Night Out

Let’s be trendy socialites, just for tonight!

Quelques photos de nos écarts alcooliques (mais classes!) dans un lieu chaleureux et convivial en la charmante compagnie de Jim (photographe, vidéaste officiel du Sud et co-créateur de Humans of Perpignan!) et Elsa, amie multi-talents qui possède plusieurs cordes à son arc : tapissière professionnelle (ses créations ici), créatrice de bijoux et vêtements (voir ici!), et décoratrice merchandiser multilingue (Elsa parle couramment français, anglais, norvégien mais aussi un peu de portugais, allemand et chinois ainsi que quelques autres langues scandinaves !)

girls cocktails gondolys

Quoi de mieux qu’un spritz pour une véritable girls night out (+ boy!)? Lire la suite de « Girls’ Night Out »

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Angelina, rue de Rivoli

Il est rare pour moi de faire des articles « découverte », mais je sens que cette année sera placée sous le signe de l’exploration parisienne et de ses méandres. Il est bien probable qu’en plus des articles de fond, je vagabonde de manière plus distraite de lumière en lumière pour ramener ici quelques perles.

La première perle est un salon de thé situé rue de Rivoli appelé « Angelina ». Sa décoration soignée de style belle époque nous ramène au début du XXème siècle, où j’imagine de fins esthètes lettrés y élire domicile le temps d’un thé pour s’adonner à leur rituel hebdomadaire. Les murs sont ornés de fresques, de moulures, de dorures et de colonnes corinthiennes mêlant l’art nouveau au classicisme. Majestueux et sublime, ce bâtiment peut s’enorgueillir d’une situation géographique idéale : depuis l’étage, la vue donne sur Lire la suite de « Angelina, rue de Rivoli »

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Rooftop à Perpignan (de l’importance de cultiver ses racines)

Le propos de cette séance est très simple :
– une fille
– une boisson colorée
– un rooftop
– des fringues pop
Et le tour est joué!

La tenue

Il y a un côté très 1900, très Deauville, très patriotique aussi, sans parler de l’effet Lolita dans ma tenue. C’est vrai que j’aurais pu me la jouer beaucoup plus catalane dans ma ville natale en arborant les couleurs sang et or. Mais un jour j’ai retrouvé ces vieilles cartes postales de Perpignan datant du début du XXème siècle, et j’ai toujours fantasmé sur Lire la suite de « Rooftop à Perpignan (de l’importance de cultiver ses racines) »