L’image de la femme dans la culture POP

En 10 ans la notion de « Pop Feminism » a totalement été démocratisée dans le monde de la musique. Le corps de la femme a été grandement exploité dans les clips musicaux. Je ne dirais pas révélé, car les années 80 ont fait tout le boulot de ce côté là… Mais depuis moins d’une dizaine d’années règnent plusieurs courants divergents au sein même de la culture pop : d’un côté le corps de la femme est prostitué, totalement objectifié, et souvent auto-objectifié, d’un autre, on revendique un vrai pouvoir à travers l’étalage de ses atouts corporels. Au coeur même de cette ambivalence est né le concept de pop feminism.

Un message simpliste mais libérateur 

Lorsque des artistes comme Beyoncé &co chantent « Who run the world », soudain ce message over simple devient un hymne, une façon de populariser la question de la place de la femme. Non, elle ne sert pas qu’à agiter sa gelée. Big move quand même depuis la fin des 90s quand on y pense. Beyoncé présageait déjà de ce désir d’affirmation dans des chansons comme « Survivor » ou « Independent women » avec feu son groupe les Destiny’s Child.

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Beyoncé, « Who run the world »

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L’illusion (auto-entretenue) du triomphe féminin 

Adulées par les jeunes filles et jeunes femmes, Beyoncé, Katy Perry et tant d’autres représentent souvent des modèles à suivre. Lorsque Beyoncé exhorte les filles à s’affirmer (notamment en reprenant les termes d’Adichie, essayiste et romancière activiste luttant pour les droits de la femme, lors d’un de ses concerts), on voit ça comme une forme d’assertion pop féministe, qui ma foi, ne fera pas de mal aux jeunes femmes engluées dans des considérations populaires et souvent très commerciales. Cependant, certaines jouent avec une certaine polysémie visuelle qui peut être facteur de confusion pour de nombreux spectateurs. Prenons l’exemple ultra flagrant de « California Gurls » de Katy Perry. Dans le clip, Snoop Dogg joue le rôle d’un personnage omniscient, un dieu ou Dieu lui-même pour faire court. Au-dessus des nuages, il s’essaye à une partie d’un jeu de société pop et coloré. Lorsqu’il lance les dés, nous entrons dans le microcosme du jeu, et les personnages prennent alors vie. L’équipe des « garçons » s’oppose ainsi à celle des filles.

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Les femmes débarquent de plusieurs manières : dans des bulles de chewing gum, emprisonnées dans de la gelée… Dans tous les cas, il appert qu’elles ne sont pas libres, et nécessitent l’aide de Katy pour les délivrer…
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Mais Snoop joue avec leurs destins et sème leurs cheminements d’embûches! Tour à tour, Katy et Snoop se volent le pouvoir en grignotant métaphoriquement et matériellement du terrain. Katy et ses copines dévorent notamment un bonhomme en pain d’épice pour asseoir leur puissance. Le code est celui de la gourmandise, de qui mange qui et comment.
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Lorsque Katy s’aventure à l’extérieur pour atteindre les nuages, elle doit grimper le long d’un immeeeeense sucre d’orge en forme de serpent… Les métaphores liées à la masculinité sont très présentes, et peuvent toutes être associées à une idée de verticalité, de pouvoir, de tentation, de connaissance, de maîtrise, d’ascendance et de souveraineté. Les métaphores liées au monde féminin convergent autour de l’emprisonnement, du plastique / de la plastique parfaite, toutes corollaires de l’archétype de la jolie petite fille perdue à guider.
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La scène fatidique demeure celle de la grande battle avec le rappeur. Katy Perry, vêtue d’une tenue des plus hot, s’arme de deux bombes chantilly qu’elle clipse sur sa voluptueuse poitrine et assène son adversaire de jets mortels de crème fouettée. Snoop s’avoue vaincu et on voit les filles secouer leur gambettes, bikinis/ventres contre sable, sur une plage de sucre (ou de coke?) immaculée où Snoop Dogg est enterré jusqu’au cou, incapable de bouger mais pas si mécontent, pas si mal entouré.
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Revenons sur la richesse visuelle de cette scène finale. D’un côté, la victoire féminine semble obvie : les femmes paradent, on l’a vu, Dogg est à terre, plus bas que terre ; clairement assiégé par ces belliqueuses (sexy) amazones. D’un autre côté : avec quelles armes Katy Perry vient-elle à bout du Dieu rappeur? Avec des putain de bombes chantilly. Dans le registre phallique subtil, je crois qu’on pouvait pas trouver mieux. Ce qui semble être a priori ses armes féminines (boobs) sont en fait le support accueillant l’extension masculine. Si les femmes ont le dessus sur les hommes, c’est juste pour rigoler, le temps d’un jeu rappelons-le. Les vraies armes, on le sent bien, sont masculines. La teub est reine et les femmes s’y soumettent (cette plage immaculée était peut-être une grande étendue de foutre?)
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KP révèle dans ses clips sa relation ambiguë à l’autorité et aux hommes dans le cadre des jeux de pouvoir genrés. Son dernier clip témoigne aussi de cette ambivalence que je trouve fascinante : « Bon Appétit » est la métaphore de la consommation masculine du corps de la femme. Elle est objectifiée, touchée, pétrie, consommée à loisir. Elle offre sans broncher sa plastique irréprochable aux hommes sur son chemin, à l’instar des gamins se faisant bouffer par la machine à saucisses dans « The Wall » de Pink Floyd. On lui coupe sa chevelure comme on ôte la force à Samson. On la domestique, on la soumet aux désirs du mâle. Mais le final prouve le contraire : de cette coupe masculine, elle tire son nouveau pouvoir et sa puissante féminité qui envoûte les hommes assistants à son show. Elle chevauche le pole comme on chevauche le tigre. Les dernières secondes révèlent un aperçu rapide du massacre. Dommage que cette partie ait été « censurée » / non développée. Là où dans « California Gurls » elle gigotait son boul, toute excitée à l’idée d’avoir vaincu son ennemi mâle (lui même pas mécontent de s’être fait pécho), dans « Bon Appétit », elle ose enfin une rébellion sensée et violente, à l’image de la violence subie tout au long du clip.
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Entre mercantilisme et féminisme : l’ambiguïté intriguante

Ce que j’aime chez Katy ces dernières années, on peut aussi le retrouver chez Lady Gaga, à l’apogée de sa carrière. Dans « Bad Romance », elle incarne diverses figures de la femme qui se font d’une manière ou d’une autre, toutes sauvagement exploitées par l’homme : une Marilyn Monroe/Barbie aux grands yeux de biche inoffensive, prisonnière de sa baignoire et qui finit par se faire droguer, un ange déchu qui contemple le désarroi en pleurant, une prostituée de haut rang piégée dans un écrin de diamants flottants vendue pour 1 000 000 $ aux enchères.
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Sa revanche face au comportement carnassier de l’homme 2.0, c’est l’épouser, le dompter (les métaphores autour de la domination pullulent) et lui foutre le feu. Métaphoriquement comme physiquement. Cette fois-ci en utilisant une véritable arme féminine de séduction et de destruction : les seins lance-flammes.
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La relation entre prostitution, argent et pouvoir est assez nébuleuse et montre que la femme est soumise aux mêmes désirs que l’homme en un sens. Au niveau méta, outre le placement de produit pour de la vodka, Gaga est nue 90% du temps dans le clip. Pas nue de manière à attiser le désir masculin, sauf dans la scène de chasse prénuptiale (vente aux enchères où elle se vend pour mieux se venger), mais nue ou légèrement vêtue à la Gaga, c’est-à-dire de manière étrange, extraterrestre presque, au-delà de la notion de féminité, quasi monstrueuse. Ne sort-elle pas d’un cercueil en pvc blanc, aveugle et dansant comme un monstre aux membres disloqués au début? Conséquemment, l’idée souveraine ici est que la femme peut et doit utiliser ses charmes pour arriver à ses fins, même si dans le fond ce n’est pas une vraie « salope », juste une femme souillée en mal de vendetta. Le seul problème c’est que jouer de ses atouts est souvent la seule issue présentée par les chanteuses « pop féministes »…
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Evocation de l’intime : instauration d’une nuance essentielle

Alors que Katy Perry et Lady Gaga jouent le jeu du mâle dominant, adoptent ses codes mais les détournent habilement tout en laissant s’infuser l’idée que le sexe est un champ de bataille, et qu’il est temps de prendre les armes, FKA Twigs adopte un tout autre discours qui me touche tout autant si ce n’est plus. Elle évoque la confusion et la fragilité des affects au coeur des entrelacements amoureux. Il n’y a pas toujours un bourreau et une victime, même si nos relations semblent parfois imprégnées par un schéma social tout à fait binaire. FKA se penche dans « Pacify » sur la porosité des frontières entre souffrance et plaisir, soumission volontaire et involontaire. Le clip en noir et blanc dramatise la relation entre elle et un homme (mastodonte qui pourrait la pulvériser comme une noix) qui oscillent en permanence entre l’étreinte et l’étranglement.
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Elle est assujettie à cette étreinte létale et ne semble pas pouvoir/vouloir s’en défaire. Je crois que la nuance se situe justement dans le pouvoir/vouloir qui demeure, et soyons assez honnêtes pour l’accorder, si brumeux pour la plupart. Nombre de couples rêvent d’une prison dorée, et ce besoin primaire de sécurité n’est pas à prendre à la légère. Cependant, il entre souvent en interaction avec celui de la possession et l’amour ne pourra jamais être défini par cette dernière. C’est au contraire être capable de libérer autrui. Derrière ces comportements réside la peur de tout perdre, de se retrouver seul. Mais c’est une phase nécessaire pour conquérir le territoire physique et psychique qui nous appartient. Si MIA dans « Bad Girls » roule comme une dingue avec ses copines au milieu du désert en se targuant d’être une « bad girl » et d’accélérer comme elle le souhaite à tout moment quitte à mourir jeune, (autant mourir bien), elle souligne l’importance de prendre ses propres décisions comme une femme indépendante (qui n’a pas nécessairement besoin  de marchander son corps pour ce faire). En reprenant tous les codes des gangsters, des hommes conquérants, elle s’affiche comme une femme de pouvoir, la voiture étant la métaphore de son libre arbitre, et de sa liberté de changer de direction à tout moment, même de manière extravagante. Ce sera au mec de la suivre s’il le désire.
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Pour finir, je ne suis pas opposée à l’idée de gagner du pouvoir en utilisant ses agréments féminins. Bien au contraire, je ne pense pas que ce soit particulièrement plus dégradant qu’une autre activité. Pourquoi faire du corps et de la séduction un tel tabou? Les deux partis auront bien ce qu’ils veulent à la fin. Que les bigots et les bégueules calment leurs ardeurs pudibondes sur le champ! Mais penser que SEUL le pouvoir du corps peut permettre à la femme de réaliser tout son potentiel charismatique / décisionnel, c’est une idée tant réductrice et limitative qu’elle me fout de l’urticaire. Autant pour les hommes et leur vision de la femme que pour les femmes et leur vision d’elles-mêmes. Réduire son pouvoir d’action sur le monde à son cul, c’est juste une insulte à la vie. Décider que son cul a du pouvoir, oui. Décider que seul son cul a du pouvoir, plutôt crever.

Bye Bye Childhood

J’aime me laisser gouverner par mes envies. Parfois mes meilleures décisions sont celles que je prends à l’instinct, sur l’instant. On a l’impression qu’elles découlent d’une incroyable spontanéité, mais c’est juste que le moteur se met en marche, après avoir longtemps macéré dans un liquide amniotique composé d’inspirations, de délices visuels et de désirs d’agir. Un jour, sans crier garde, le désir vous prend et il n’y a qu’une chose à faire : le matérialiser!

Cette après-midi de mai, je repensais à Irina Ionesco, et je me suis replongée dans les livres que je chéris tellement (parmi mes plus grands précieux) et qui sont très difficilement trouvables aujourd’hui ou excessivement chers. Je n’avais qu’à prendre exemple sur elle et construire mon petit temple façon studio décadent!

Le décor

J’ai rassemblé tous les tissus que je possédais : tulle blanc, satin noir, velours violet, coton de velours à brocarts… Et je les ai accrochés de façon négligée au mur. J’ai viré ma table, mes chaises, j’ai recouvert le canapé de velours et de satin, et j’ai disposé au centre mon petit fauteuil crapaud chéri.  Quelques lampes pour la lumière. Une lumière supplémentaire pour éclairer davantage le visage aurait été parfaite, mais techniquement ça allait être compliqué… Next time!

L’histoire

Une jeune Alice guidée par le lapin en peluche de son enfance quitte les doux rivages de l’âge tendre pour s’aventurer vers les contrées plus escarpées de l’âge adulte. Une poupée comme réplique miniature de son moi, et un rappel du Petit Poucet en arrière plan, elle se transforme en femme vénéneuse, pétrie de vanité, et d’érotisme mystique.
Plus bas, je développe les influences artistiques qui m’ont bercée ici.

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Tenue 

Robe, Crazyinlove
Escarpins, True Decadence, Asos
Perruque + Couronne, Amazon

Inspirations

Irina Ionesco
Gustave Doré, Le petit poucet
Blanche Neige et le Chasseur, Evil Queen
Vanités
Mylène Farmer, Plus Grandir
Alice aux Pays des Merveilles, le lapin blanc

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Renan Pollès, Vanité dans le style ancien

Anecdotes backstage 

Ne possédant pas de trépied adaptable à mon petit hybride, j’ai posé l’appareil photo… sur la litière du chat ! Parfaite car légèrement basse et me permettant  ainsi une petite contre-plongée qui agrandit le sujet, lui donne plus d’importance. Ensuite, c’est avec mon portable et la commande à distance que je prenais les photos! Bien pratique!
C’est aussi extrêmement pénible de faire une séance photo qui implique des couches de tissus accrochées de manière négligée et incertaine et… avoir un chat! Avant de pouvoir shooter dans de bonnes conditions, elle a détruit le décor 4 fois… puis a fini par se calmer, et on peut même l’apercevoir sur une photo… oops!

La robe dans les étoiles

Pour moi, la robe étoilée correspond à deux catégories de filles : la fêtarde et la poétesse. La première fait de sa vie une série de mini explosions, de pétulances et de pétillements divers qu’elle porte sur elle : let there be light!

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La deuxième cherche dans le défilement des astres (tel un fashion show improvisé et hasardeux) une réponse et un écho à ses questionnements. Sa came c’est le cosmos.

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Je suis à la croisée des deux catégories, et j’aime l’imprimé étoiles pour des tas d’autres raisons que j’explique plus ici (« L’avènement de l’imprimé étoilé).

Ce que j’aime dans cette robe : la fluidité et la transparence des manches qui confèrent un aspect doux et romantique à la robe ; les sequins étoilés qui  selon la distance et l’angle auquel on les observe, brillent ou resplendissent, jusqu’à une fois loin, ne se résumer plus qu’ à de petits points de lumière. J’apprécie de même la coupe flatteuse, l’aspect « lose » du bas que l’on peut faire voleter et ondoyer à loisir. C’est autant une robe du soir (accompagnée de jolis escarpins) qu’une robe de jour (avec des bottines  et un gilet par exemple). 

Le sac doré et son design épuré permet de finir la tenue. Enfin, la déclinaison or se poursuit même jusque dans le choix du parfum. Moi qui suis accro aux parfums boisés et orientaux, assez masculins (à l’instar de ceux là), j’aime ce superbe EROS de Versace, beaucoup plus citronné, floral, et qui conserve cependant une note boisée ; il est parfait pour le printemps et l’été.

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La fête est déjà terminée, mais on se retrouve très vite!
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Tenue 

Robe, French Connection (FCUK) : le haut fait d’un tissu similaire est trouvable chez Asos et pour shopper une robe dans le même esprit : Rosegal
Sac, Mango (dans le même esprit)
Parfum, Eros pour Femme de Versace

Inspiration


La Nuit Etoilée, Vincent Van Gogh

Cette oeuvre est souvent vue comme confirmatoire de l’état dépressif et suicidaire du peintre, mais je n’aime pas cette vision trop caricaturale à mon goût… peut-être était-ce le reflet d’une « psychologie perturbée » (cette expression inonde la toile et m’énerve), mais j’y vois quelque chose de beaucoup plus beau que cela : ce paysage nocturne était ce qu’il apercevait depuis l’asile dans lequel il séjournait dans le sud. Et cette vision avait quelque chose de transcendant. Soudain, on sent que le royaume de la nuit prend le dessus sur celui du jour, et le village endormi se retrouve baigné dans une lumière surnaturelle et cosmique. Les étoiles éclatent dans des formes de spirales enroulées sur elles-mêmes et projettent toute leur luminescence sur la petite ville. Le cyprès prend des formes totalement burlesques de flamme noire puissante et mystérieuse. Il crée un pont entre la terre et le ciel, et ce ciel se veut sublime. Pour moi, ce tableau c’est se confier aux mystères de la nuit, c’est désirer l’au-delà, désirer le sublime, et laisser son esprit galoper quand l’enfermement est notre lot.
Je pense que nous devrions à travers tous les aspects de nos vies, désirer le sublime autant que possible. La mode fait partie des moyens que nous avons à notre disposition pour élever notre âme, et quêter le symbolique et le poétique dans les moindres détails. A travers cette robe étoilée, je rends autant hommage à la magnificence de la nuit, qu’au désir d’embellir mon quotidien en l’enrichissant de poésie visuelle. Je crois sincèrement que le classicisme n’est pas toujours la réponse : il est tellement plus aisé et confortable de se conformer, mais le réel a cruellement besoin de notre imagination pour ne pas finir par s’effacer dans l’insignifiance et la répétitivité.

Quatre artistes qui mêlent désir, angoisses, mort & au-delà, quatre inspirations fondatrices

Au quotidien, une myriade d’images et de visions nous hantent, provoquent de réguliers cauchemars, stimulent notre imaginaire et forgent notre prisme de perception. Mon attrait pour les arts visuels a toujours été présent, même si je creuse cet intérêt seulement depuis que j’enseigne en filière artistique, comme si une retenue voire presque un tabou avait été levé par le devoir professionnel. A présent, j’ai l’impression de passer le plus clair de mon temps en quête d’inspirations visuelles, conceptuelles, à imaginer des compositions, à repérer les lumières, les ombres, les atmosphères, et tout ce qui évoque le monstrueux. J’ai décidé de faire une petite sélection, une tétralogie totalement subjective de ce qui a pu conditionner mon univers intérieur, même si nombre de mes articles aujourd’hui se veulent plus frivoles et consensuels peut-être, je n’oublie pas l’essence du blog qui est d’aller farfouiller au-delà du miroir… Ce n’est pas aisé d’insérer cette valeur « méta » dans tout ce que l’on fait, dans un simple ootd, mais je m’y évertue parfois, en faisant une ouverture sur l’ancrage culturel, artistique et psychanalytique d’une couleur, d’un motif, d’un vêtement. Pour moi, la mode et les arts visuels travaillent ensemble invariablement, et chaque vêtement raconte de multiples histoires : une vérité historique et une vérité plus personnelle que l’on s’approprie et que l’on construit au fur et à mesure que le vêtement est porté, pensé, appairé avec de nouvelles tenues, enterré puis ressuscité.

Aujourd’hui si mes questionnements sont ceux que je présente sur le blog, c’est en grande partie dûe à mes obsessions principales :

– questionner la prégnance de nos peurs sur nos vies en les revisitant de manière esthétisée, en les sublimant
– mettre en lumière les liens si mystèrieux qui unissent l’amour à la mort, l’érotisme à la finitude, la construction à la destruction
– développer une vision d’ensemble nourrie de toutes ces pièces du puzzle complètement dépareillées
– tisser des liens entre ces éclats et tisser un lien avec autrui dans le but de reprendre à nouveau tous ces questionnements, les asseoir, les ébranler, les détruire, les oublier et se rendre compte que plusieurs années plus tard, ils continuent et continueront toujours à nous hanter.

Quand ma mère me demande pourquoi j’aime autant les monstres, je sais que c’est pour toutes ces raisons, et qu’imaginer et métaphoriser le pire me permet de l’incorporer au meilleur, de ne plus en faire un tabou.

Ma sélection des 4 artistes suivants évoquent tous à leur manière ces questions qui sous-tendent les interrogations existentielles, charnelles, spirituelles de l’homme. Elles mettent en avant ce qu’il y a de plus reptilien, animal, et mental chez l’homme. Je ne me lasserai jamais de ces petits contes horrifiques visuels, ils ne cesseront jamais de m’inspirer, de m’effrayer, de me charmer, et de m’apaiser.

1. John Kenn Mortensen

Celui qui me trouble le plus. Il y a une telle justesse dans ses métaphores visuelles, de tels uppercuts répétés que les images me hantent littéralement. Tout est là : les traumas de l’enfance, la dépression, les angoisses du quotidien, la mort qui rôde à chaque coin de rue déguisée en gentil monstre aux yeux vitreux.

Ce qui m’inspire chez cet artiste : 

Le forme enfantine digne d’un Burton qui sert un propos terriblement effrayant digne d’un Lovecraft, doux contraste nécessaire pour évoquer la violence des obsessions et du désarroi humain.

Son blog ~ ici ~ 
Son instagram ~ ici ~ 

2. Bill Crisafi 

Une approche plus paganisante qui interroge la place de la femme dans le cycle de la vie et dans le cosmos. La mort y est féminine, presque douce et précieuse, les femmes y sont représentées autant carnassières et effrayantes que divines. Elles ont le pouvoir de donner la vie autant que la mort, et en chaque femme sommeille une sorcière qui s’ignore.

Ce qui m’inspire chez cet artiste : 

Ces visages dignes d’un film expressionniste allemand, qui portent dans leurs traits les germes de la mort, le sourire du diable, l’empreinte de l’occulte.

Son site ~ ici ~ 
Son instagram ~ ici ~ 

3. Rik Garrett 

Rik Garrett me fascine. Sa relation à la photographie est purement magique : il shoote dans les forêts environnantes des créatures nues qui semblent tout droit sorties de la scène d’introduction du film Lords of Salem, Haxan ou le final de THE VVITCH :

Il utilise un vieil appareil photo argentique qui a plus de 100 ans et il doit se balader avec une chambre noire portative pour développer ses clichés juste après la prise de vue! Etant donné la difficulté des conditions sur le terrain et la vêtusté de l’appareil, les photos sortent avec énormément de « défauts » qui font tout leur charme et leur mystère.

Ce qui m’inspire chez cet artiste :

Son attrait pour les forêts, les sorcières et la déformation des corps dans des actes sauvages, primitifs. Son travail des contrastes et sa relation avec le hasard en tant que prise de risques créative.

Son site ~ ici ~ 
Son instagram ~ ici ~ 

4. Brittany Markert

George Bataille hante cette demoiselle. Le rapport entre Eros et Thanatos est constant, et le rapport à la douleur est diffus ou carrément explicite dans de nombreuses photographies. Mêlez à cela les cauchemars claustrophobiques de l’enfance et la peur de disparaître ; d’où la nécessité de marquer le monde et conséquemment, le corps de l’autre, vous obtenez le concept « Inrooms » de la jeune photographe.

Ce qui m’inspire chez cette artiste :

Son attachement au spectral qui côtoie si naturellement l’érotisme et la finitude. Ses superpositions révélantes, et l’intimité pétrifiante de ces pièces cloisonnées où le drame intérieur est théâtralisé.

Son site ~ ici ~ 
Son instagram ~ ici ~ 

Balenciaga, l’oeuvre au noir

Le lieu

Le choix du Musée Bourdelle provoque un vrai dialogue entre les créations de Balenciaga et les statues de Bourdelle, offrant des contrastes dramatiques et toute la dimension épique et tragique que méritent les robes du créateur.

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Le style Balenciaga

Rappelant l’Espagne traditionnelle et son folklore, l’utilisation du noir chez Balenciaga explore toutes les nuances et les lumières de cette couleur mystique. Couturier acharné, il n’a jamais cédé au chant des sirènes américaines et de leurs machines. Adepte des coupes dramatiques, il accompagne, structure et accentue la carrure et la silhouette féminine. Laissant souvent un pan de crêpe voguer au vent, l’effet obtenu sur un corps en mouvement en est cinématographique. Les manches melons, le taffetas chiffonné et boursouflé donnent un résultat plein de volume et confèrent au modèle un charisme unique, digne d’une Cruella d’Enfer.

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Lumières et Transparences

Plis et déchiquetures permettent de créer des jeux d’ombre et de lumière et d’accentuer encore davantage le caractère graphique des tenues. La profondeur du velours, la brillance du satin et du taffetas provoquent de saisissants contrastes qui font du noir une couleur si intense, plurielle et riche qui frise parfois la coruscation : le ruissellement des sequins noirs sur les robes droites éblouissent et font oublier l’existence d’autres couleurs sur le spectre. Le noir se fait charme puissant et implacable envoûtement des sens. L’oeuvre au noir, la dernière étape alchimique, est alors un succès…

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La scénographie

Instaurer un dialogue entre les sculptures et les robes permet de mettre en lumière tout ce qu’il y a de plus graphique, architectural, dramatique et majestueux dans les créations de Balenciaga. Les robes sont tantôt mêlées aux gigantesques statues, tantôt dissimulées dans la discrétion d’isoloirs les protégeant du soleil. Soulever le rideau pour apercevoir la ligne de la robe, les plis et les contours tient de l’expérience esthétique, sensorielle et même érotique. Ce charme du voilé-dévoilé opère à merveille, et enflamme l’imagination en la pimentant d’un goût de revenez-y.

Le clou du spectacle est à découvrir au sous-sol du musée, dans une immense pièce où les ombres semblent danser, et les robes parler entre elles ou faire monstration de leur charme infini dans des one-dress-shows! Sous un éclairage théâtral, la magnificence des étoffes se déploie sous nos yeux, nous invitant à pénétrer dans un royaume pétri de mystères, aux lignes rigoureuses, comme découpées par la lumière…

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How to be a Party Girl in the 1920s

1927.
La fête bat son plein, tous les invités sont dans le living-room en train de danser, de rire et d’échanger des regards plein d’étincelles. Le champagne coule à flot et le gramophone hurle « Let’s misbehave » de Cole Porter. Le manoir d’en face n’attend que moi! Du pêche sur les paupières et sur les joues, des lèvres grenat, un trait d’eyeliner, un turban pour domestiquer les cheveux en bataille (il est 18h du matin, je me réveille tout juste, je suis un oiseau de nuit!). Des talons vernis, du rouge sur les ongles, j’ai presque fini… Ah oui, ma robe! Je me pare de quelques étoffes veloutées légèrement osées (OMG on ne voit que mes jambes!) et saisis la bouteille d’un sirupeux alcool italien aromatisé à la rose… J’arrive!

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There’s something wild about you child
That’s so contagious
Let’s be outrageous–let’s misbehave!!!

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Tenue
Robe en velours vert Boohoo (le modèle est ici en noir et ici en vert émeraude, version longue)
Boa en fausse fourrure Ebay
Kimono fleuri H&M dans le même style
Escarpins Glitterati
Turban acheté à un particulier
Collants couture Calzedonia
Bracelet/Bagues Newlook & Claire’s

Bouteille de moscato à la rose « Al Vino dell’ Amore » (excellent!)

Photos
Pierre

L’Homme-Muse

Le rapport entre l’artiste et la muse est souvent vu de manière unilatérale comme étant un rapport homme-femme. La femme exerce un pouvoir incroyable sur l’homme, il ressent le vif besoin de l’immortaliser, de l’explorer de manière multi-dimensionnelle, de lui donner une aura sublime… L’homme lui forge son identité de muse et de femme, la femme l’inspire et chacun se lie via ce cordon invisible, ineffable et puissant. Ils s’influencent l’un l’autre, sont dépendants l’un de l’autre parfois. Un peu à la manière de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, l’homme artiste devient vite dépendant de la femme, de sa muse ; et de ce fait, on transcende un tant soit peu les habituelles relations dominant / dominé que l’on retrouve dans de nombreuses représentations homme/femme dans l’histoire de l’art. Heureusement, si l’on est curieux et motivés, on peut trouver pléthore d’artistes femmes qui ont elles aussi contribué à forger l’histoire de l’art. La révolutionner? Je pense que c’est en cours. Ainsi pour cet article, j’ai envie d’explorer de manière théorique les liens qui unissent non pas l’homme artiste à la femme muse, mais à l’inverse, la femme artiste si peu plébiscitée et si peu populaire, à son homme muse. Retrouve-t-on le même genre de relation à première vue sujet-objet qu’à l’habitude? Nait-il de cette performance féminine inspirée par le masculin, une nouvelle écriture, une nouvelle façon de dessiner, de peindre, de photographier? Peut-on parler d’une écriture féminine face à son sujet viril? Et cette nouvelle relation, va-t-elle changer le statut de la femme?

Lire la suite de « L’Homme-Muse »

Poison Lady

« Entre une empoisonneuse et une mauvaise cuisinière il n’y a qu’une différence d’intention » (Desproges)

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Opprimée dans la sphère privée et la sphère publique / L’invention d’une arme typiquement féminine à la hauteur de la violence ressentie

Cela fait plusieurs années que je m’intéresse aux personnages féminins forts dans la littérature comme dans l’histoire. En réalité, je m’y étais toujours intéressée, mais la conscientisation d’un tel attrait s’est faite sur le tard, quand j’ai entamé l’écriture de mon mémoire de master 2 à 22 ans. Je me suis penchée sur une écrivaine anglaise qui me fascine de par son oeuvre protéiforme et si dense : Angela Carter. S’en est donc suivie une kyrielle de coups de coeur et de coups de colère face à mes lectures et mes rencontres. Au fur et à mesure se dessine mon idéal de femme, celui vers lequel j’aimerais tendre. Mais cet idéal est régulièrement en proie à des questionnements et re-définitions perpétuelles : entre débats féministes, questions du genre, désir de conquête et capitalisme. La sphère publique et la sphère privée sont de toutes manières intrinsèquement liées. Et une réflexion propre à un domaine ne se fait pas sans l’autre. Il y a étroite corrélation quoiqu’on en dise ou pense. Et il est un royaume qui m’a toujours intriguée : celui de la violence, et plus particulièrement pour les besoins du sujet aussi, celui de la femme violente. Créatures incomprises, d’un côté admirées, de l’autre rejetées, elles ne laissent personne indifférent. On s’interroge sur leurs motifs, leurs actes et leurs moyens. Elles me fascinent dans le sens où pour moi, elles sont le reflet d’une société extrêmement violente à leur égard. Elles renvoient en pleine face toute la véhémence et la condescendance voire la violence de l’indifférence qu’on a pu leur témoigner.

Il existe une pluralité de violences féminines : violence meurtrière, coup de folie, violence quotidienne, sadisme des vieilles institutrices des années 50, violence de la frustration et des rêves avortés, violence verbale, physique, psychologique…

Celle qui m’intéresse aujourd’hui c’est la violence cachée, la violence qu’on distille tous les jours comme un venin, qui s’insinue dans le foyer telle une vipère dans un berceau… la violence secrète qui fourmille d’un millier de raisons vengeresses… Je veux parler des empoisonneuses. Lire la suite de « Poison Lady »

Cherry dreams

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Nostalgie d’une époque et d’une jeunesse dorée

Le Rockabilly est mort, vive le Rockabilly! Depuis une bonne décade maintenant, le rockabilly a le vent en poupe! Véritable résurrection des 50s, la génération des enfants nés dans les 70s ou 80s (ou encore plus tard!) ressent vivement la nostalgie de cette époque décrite par les grand-parents, période post-guerre d’abondance et de fête, de légèreté. C’est aussi dans les 50s que le culte de l’Amérique bat son plein en Europe et ailleurs, le jean devient archi-populaire, les pinups (images de femmes légèrement vêtues et séduisantes) envoûtent les soldats partis pour le Vietnam. Après le culte de la femme fatale dans les 40s, la femme devient plus légère, plus joueuse, plus libérée (cf Bettie Page!) Aujourd’hui, un tas d’évènements célèbre cette nostalgie des Fifties, j’avais défilé dans les superbes tenues de Daisy Cotton en novembre Lire la suite de « Cherry dreams »

Roman Photo Film Noir

Pour ce shooting un peu spécial avec Pierre, je crois que je n’ai pas envie d’analyser ou d’évoquer les références qui nous animaient, tant nous avons adoré nous prendre au jeu et que l’ambiance alors recréée dans ce petit roman photo fut enivrante et mystérieuse. J’espère que vous apprécierez notre travail et en particulier celui de Pierre qui a totalement assuré ! ❤

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