Les Nuits Fauves de mes 30 ans

Aujourd’hui, je fête mes 30 ans, et en feuilletant de vieux journaux intimes pour relire mes idées de thèse (j’ai toujours eu envie d’en démarrer une, j’ai juste besoin du bon sujet), je suis tombée sur les impressions que j’avais couchées du film de Cyril Collard Les Nuits Fauves qui m’avait totalement bouleversée quand je l’avais vu pour la première fois.

Ce film a été adapté d’un livre plutôt autobiographique écrit par Cyril lui-même vers la fin des années 80. Le film est sorti en 1992. Voici le synopsis :

1986. Jean a 30 ans, il est chef opérateur, reconnu, doué, curieux de tout. Mais il est séropositif et sait qu’il sera un jour exclu de cette vie qu’il traque avec avidité à travers sa caméra. Au cours d’un casting pour une publicité, il rencontre Laura, jeune, belle, vivante.

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Lorsque je l’ai vu, j’ignorais tout de lui à part qu’il était séropositif et que ce film traitait d’une passion dévorante. Si je souhaite en parler aujourd’hui, c’est car j’ai senti une vraie proximité avec Cyril, sa manière de voir les choses, de les ressentir, sans oublier le fait qu’il était aussi né un 19 décembre, juste 30 ans avant moi.

Extrait de mon journal ce 3 janvier 2016, à 4h du matin : 

« Ma journée normalement consacrée au travail fut consacrée à une errance artistique totale mais si bonne. Tout d’abord, j’ai lu mes bouquins sur Gaudi et la mode. Puis je suis tombée sur Les Nuits de Preljocaj, une réadaptation chorégraphique des Mille et Une Nuits. Sensuel, très érotisé, magnifique. Tout ce que j’aime. De beaux portés. De la langueur. Du coup, j’ai lu un passage extrait Du Corps et de la Danse : il y était mentionnée l’idée de mourir par amour comme dans Les Nuits Fauves. Du coup, j’ai maté le film. Quelle putain de CLAQUE.

L’ouverture évoque l’instabilité des natifs du sagittaire et leurs désirs de toujours être ailleurs que là où il se trouvent. Puis le film évoque de manière autobiographique la fragmentation de l’être, la recherche d’une unicité (à travers la passion amoureuse), l’éparpillement, l’impossibilité de dire non, de choisir, de renoncer, l’insatisfaction chronique, l’incapacité à aimer et le questionnement centré autour de cela. Le tout traversé d’une fougue, d’une énergie solaire, d’un charisme dingue, d’un rire radieux et irrévérencieux. L’acteur principal est le réalisateur. Il a tout d’abord écrit un livre ; plutôt fictionnel mais inspiré de sa vie. (très fortement) Il avait le sida. Chopé dans les années 80. Il a couché avec une jeune fille de 17 ans. Pour la première fois sans le lui avouer. Par peur. Et parce qu’à ses côtés, il se sentait PUR. Je comprends tellement cela. Ce serait impossible à comprendre pour la majorité des gens. Ce film m’a émue aux larmes. M’a brisée aussi. Je pourrais être « Jean », ce héros « romantique » raté qui n’aime jamais vraiment, qui est distrait, mais qui recherche des réponses. Ce Jean, ce Cyril Collard est né pile 30 ans avant moi, le 19 décembre 1957. Pour moi ce n’est pas un hasard. Je me sens si proche de lui. Tellement. Il est optimiste, solaire, passionné, narcissique, égoïste, versatile. Mais vrai. Pur. Cru. Comme ses mots. Comme ses envies de brutalité homosexuelle dans ces backrooms à air libre sur les quais parisiens. Ce qui me brise définitivement le coeur, c’est de savoir qu’il est mort seulement quelques mois après la sortie de son film. Comment a-t-il pu cacher aussi bien la mort qui le rongeait peu à peu? Il était si beau. Un ange sexuel. Mourir à 35 ans. Mourir par amour. Un amour fou pour la vie. Pour la beauté des corps en mouvement (André Breton, L’Amour fou = l’amour, la beauté convulsive, « la beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas ».) Mourir car sa flamme brûle trop et trop vite. Elle incendie tout. »

Ce film me fait penser à ces deux superbes idées de Rilke, ces liens ténus entre création et sexualité : 

« La création spirituelle provient elle aussi de la création physique, elle est de la même essence, elle est simplement comme la répétition plus silencieuse, plus extasiée, plus éternelle, de la volupté de chair. »

« Dans une seule pensée créatrice revivent mille nuits d’amour oubliées qui l’emplissent de majesté et d’élévation. Et ceux qui dans la nuit s’unissent et s’enlacent dans les bercements de la volupté font oeuvre sérieuse. » 

Pour finir, j’invoque le fantôme de Cyril une dernière fois à travers deux belles citations de son roman Les Nuits Fauves, de sa soif absolue de poésie qui sublime tout, de sa vision en technicolor surboostée, de sa colossale faim de corps, d’âmes, de réponses, de vie. 

« La réalité était ma drogue ; pour la transformer, la rendre injectable dans mes veines, la poésie était indispensable. Une phrase tournoyait dans ma tête : « Les Panthères ont vaincu grâce à la poésie. »

Un extrait du livre, qui explique certainement le choix du titre :

« Je vais encore où la population n’est qu’ombres furtives, corps et regards croisés travaillant inlassablement à leur propre perte. De là, quand je laisse derrière moi le squelette d’une nuit fauve, l’ossature du miracle, je reviens le dos barré de lignes rouges, le torse marqué par des semelles de rangers, les seins brûlants, le slip trempé, des crachats séchés sur le visage, les cuisses chatouillées par des dégoulinades de pisse froide.
Je parle d’un fauvisme aux couleurs passées. Pastels ternes et fuyants des blousons qui frôlent les piliers de béton, dégradés gris des visages fermés, lambeaux de bleu des jeans moulant culs, bites et couilles. La poussière, les taches humides, une larme sous la paupière ; rien de tout cela n’est plus coloré que le bleu sombre de la nuit, le noir lisse du fleuve où l’orange diffus des lampadaires au sodium de l’autre rive.
Il reste des taches fauves sur la mémoire en noir et blanc des corps confondus ; la couleur solaire de Samy et de ses semblables que n’éteint pas l’obscurité. » 

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26 commentaires sur « Les Nuits Fauves de mes 30 ans »

  1. J’ai découvert Cyril Collard à son décès. Je ne connaissais rien de lui, comme Toi. J’ai lu son livre, puis vu son film.
    C’est l’une des œuvres qui m’a le plus bouleversée et c’edt clairement lui qui m’a fait prendre conscience du haut des mes 15 ans de la responsabilité de chacun dans nos relations sexuelles.
    Mes deux fils sont sagittaire et j’aperçois déjà une Grande sensibilité à fleur de peau chez mon aîné. Parfois, j’ai peur que ça ne le bouffe quand je vois son hyperémotivité.
    Tu m’as donné envie de revoir le film !

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    1. Wow, merci pour ton commentaire et le partage de tes impressions! Je suis d’accord avec toi, ça fait réellement prendre conscience de sa responsabilité individuelle du haut de ses 15 ans… Comme je disais plus haut, c’est le genre de film qu’il fallait absolument montrer dans les lycées dans les années 90… Et c’est dingue que tes deux fils soient sagittaires! T’inquiète, les sagittaires ont plein de ressources, notamment l’humour et l’imagination 😉 Ravie de t’avoir donné envie de revoir le film!!! Merci encore pour ton très chouette commentaire!

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      1. Côté humour et imagination, mon grand est déjà plein de ressources ^^ et mon petit nous fait déjà beaucoup rire 🙂
        Je me suis mis le film à regarder Un Jeudi après les vacances quand ils seront à l’école et à la crèche. Je pense que je vais me prendre une grande claque.
        Merci encore !

        Aimé par 1 personne

    1. Je comprends, mais je pense que c’est le genre de film qu’il fallait absolument montrer aux lycéens des 90s par exemple… Maintenant le sida est moins présent, mais c’est toujours un sujet de société présent, et pas encore éradiqué malheureusement…

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  2. Hello ma douce, en voila un sujet qui devrait me plaire, tu sais quoi je vais essayer de trouver le film en stream pour le regarder ce soir (oui je sais c’est mal) et sinon trouver le bouquin !! C’est une histoire qui à l’air totalement prenante, et le hasard des dates de naissances n’y est surement pas pour rien quand tu dis que tu te sent proche du personnage !! Je te souhaite un génialissime anniversaire, moi je fête mes 30 ans dans un mois!! Du LOVE rien que pour toi !

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    1. Raaah génial! Tu me diras ce que tu en penses! Alors il faut passer au-dessus du côté des 90s dans la manière de jouer parfois un peu exagérée… mais tu me diras! Je suis d’accord pour le hasard (non un hasard!) des dates, on se trouve toujours des points communs assez révélateurs! Merci encore pour ton adorable message, tu es un vrai chou, le sais-tu? 😀

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  3. J’avoue que je connaissais ce livre de nom mais je ne m’y étais jamais vraiment intéressée….mais ta chronique est magnifique!! Elle m’a donné une réelle envie d’en lire beaucoup plus!
    Et le rapport aux Sagittaires est tellement vrai! Native du signe aussi, j’avoue avoir énormément de difficultés à me poser sans rêver d’ailleurs aussi sec!
    Oh et bon anniversaire!!

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    1. Oh c’est adorable ça… mille mercis!! je suis ravie que cela te parle, et oui les sagittaires sont en effet mus du désir constant de tout faire, tout être, tout explorer en même temps! Un vrai signe de feu! Quel est ton ascendant? Merci encore pour ton message!

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